Géopolitique

Ici, ça rigole po.
Répondre
Avatar du membre
clark
Corne verte
Messages : 8605
Enregistré le : 15 sept. 2020 18:07
Localisation : Rennes

Re: Géopolitique

Message par clark »

Dernier message de la page précédente :

L'hymne russe est vraiment très beau (la composition d'Aleksandrov) ... par contre les deux zozaux sont imbuvables, des catastrophes ambulantes et je ne pense pas qu'ils l'apprécient pour les mêmes raisons.
Un tatouage Popeye sur le sexe ne coûte pas très cher, et peut complètement changer l'ambiance d'une autopsie.
Avatar du membre
Droopy2
Corne verte
Messages : 21332
Enregistré le : 04 mars 2019 10:40

Re: Géopolitique

Message par Droopy2 »

Et papy Francis ne sait même pas écrire de Gaulle ! (à moins que ce ne soit du japonais)
"Quand il se regardait dans une glace, il était toujours tenté de l'effacer." Jules Renard.
Avatar du membre
Shala
Corne verte
Messages : 8713
Enregistré le : 11 août 2019 20:30

Re: Géopolitique

Message par Shala »

J’ai bien aimé une intervention radiophonique de Bernard Guetta ce matin.

En gros il comprend le désengagement des US mais précise que l’ Europe n’est pas hors-jeu à moyen terme sur ce conflit. Je vous la fais de mémoire « Nous partageons un lac commun que les romains appelaient mare nostrum ». La géographie influence de fait la géopolitique.
Le gros problème, au niveau européen sont les opinions très divergentes sur le conflit au proche orient. Comprenez que les chancelleries préfèrent gérer leur politique étrangère dans leur coin.
🇺🇦
Ru ha Du
Blanc-bec
Messages : 3618
Enregistré le : 04 nov. 2020 23:35
Localisation : Roazhon la Belle

Re: Géopolitique

Message par Ru ha Du »

Que les États européens agissent en ordre dispersé, c'est flagrant.

On aime insulter les pro-palestiniens Français, en les traitant d'antisémites (l'insulte ultime). On apporte son soutien inconditionnel - INCONDITIONNEL , au régime israëlien, parce que les méchants c'est les z'arabes (comme disait l'autre gros porc), dont une élue députée européenne. Quelle hypocrisie :
(Attention, un scud va tomber)

https://www.nytimes.com/2023/11/30/worl ... gence.html
Minorité majoritaire, on me dit que je ressemble à Alain de loin
Avatar du membre
fancasmor
Corne verte
Messages : 14865
Enregistré le : 05 déc. 2016 01:14

Re: Géopolitique

Message par fancasmor »

Paf.
Juste pour le scud. :mrgreen:
Le reste est trop compliqué pour NE pas faire un comptoir de bistrot
Notre Dame du Verger veillez sur vos fils.

Ca ne sert a rien d'être gentil avec les gens, de toute façon ils vont mourir.
Je me souviendrai longtemps du jour de ma mort.
Avatar du membre
Droopy2
Corne verte
Messages : 21332
Enregistré le : 04 mars 2019 10:40

Re: Géopolitique

Message par Droopy2 »


DONALD TRUMP
The Heritage Foundation, les missionnaires du trumpisme à l’assaut de l’Europe

Par Ivanne Trippenbach



Tout était écrit. La guerre commerciale, le démantèlement des agences fédérales, la chasse aux immigrés… Depuis le début de son mandat, Donald Trump déroule à la lettre le Projet 2025, une bible de 922 pages rédigée par le think tank conservateur. Aujourd’hui, son président, Kevin Roberts, regarde vers le Vieux Continent. En France, il vient de rencontrer plusieurs dirigeants d’extrême droite.

Derrière les épais rideaux de velours du Cercle de l’union interalliée, somptueux club parisien de la rue du Faubourg-Saint-Honoré, une réception très politique se tient à un jet de pierre de l’Elysée. Cravate de rigueur pour les invités venus, ce 26 mai au soir, s’abreuver de « l’avenir du conservatisme en France et en Occident », comme le promet le carton d’invitation. L’hôte est américain, inconnu du public français, et tient dans ses mains un morceau du destin des Etats-Unis. Kevin Roberts préside la puissante Heritage Foundation, le think tank conservateur le plus influent de la galaxie MAGA (« Make America Great Again »), qui a pavé le retour au pouvoir de Donald Trump en lui fournissant le très radical Projet 2025, feuille de route officieuse de son mandat.

Crâne lisse, petite cloche symbolisant la Liberty Bell américaine épinglée au col de la veste (le logo de la Heritage Foundation), Kevin Roberts, 50 ans, affiche l’aisance des professeurs d’université. Ce natif du sud de la Louisiane est l’un des plus fervents idéologues de la seconde présidence Trump, déterminé à tout « brûler » – il affectionne les métaphores radicales – pour remodeler l’Amérique dans une version nationaliste et réactionnaire. A la tête depuis 2021 de la Heritage Foundation et de ses 350 salariés, l’historien de formation gagne à ce poste près de 1 million de dollars par an. Il est familier de Mar-a-Lago, villa du président Trump, et cultive une réelle amitié avec J. D. Vance, le vice-président des Etats-Unis de 40 ans à l’idéologie nationaliste-catholique, adulé par l’extrême droite de part et d’autre de l’Atlantique.

Kevin Roberts est surtout l’un des VRP officieux d’un grand dessein de Trump 2 : tisser la toile avec les « alliés civilisationnels en Europe », comme le formule le département d’Etat américain dans une note stratégique publiée le 27 mai. On y lit la volonté des hommes de Trump de promouvoir leur conception d’un « héritage occidental civilisationnel commun », de Paris à Varsovie. Fin mai, donc, Kevin Roberts est en France pour la première fois, dans ce but.

Une tournée discrète
La réception est organisée par un couple qui compte dans le petit milieu libéral-conservateur : Alexandre Pesey, directeur de l’Institut de formation politique (IFP), pépinière du courant national-catholique de l’ex-La Manif pour tous, et son épouse américaine, Kate Pesey. Cette ancienne membre de Republicans Overseas (l’antenne du Parti républicain à l’étranger) dirige La Bourse Tocqueville, qui envoie de jeunes identitaires à Washington. Ils comptent sur le soutien du Français Pierre-Edouard Stérin, le milliardaire catholique qui, depuis la Belgique où il s’est exilé, a imaginé pour la France un projet réactionnaire fondé sur l’alliance entre la droite conservatrice et l’extrême droite. Dans cette galaxie en quête de recettes pour conquérir la majorité, Kevin Roberts est accueilli comme un deus ex machina. Un rapprochement qui coïncide avec la nouvelle ambition de la Heritage Foundation : exporter la vision du monde du tandem Trump-Vance en Europe.

En trois jours, le président de la Heritage a réalisé une tournée de rencontres discrètes, avec Marion Maréchal, eurodéputée Identité Libertés, avec les dirigeants de Reconquête !, Eric Zemmour et Sarah Knafo, avec le nouvel allié du Rassemblement national (RN) Eric Ciotti, député des Alpes-Maritimes à la tête de son Union des droites pour la République, mais aussi avec des proches de Jordan Bardella… « C’est un grand professionnel de la métapolitique [action idéologique et culturelle visant à modifier les mentalités et favoriser la prise de pouvoir], les Américains sont de bons commerciaux pour vendre leur produit », admire le financier François Durvye, conseiller du RN et salarié de Pierre-Edouard Stérin, après son speed dating.

Kevin Roberts a aussi accordé un entretien à M Le magazine du Monde, sous l’œil vigilant d’un garde du corps et du directeur de la communication. « La Heritage a le privilège d’avoir joué un rôle pour faciliter le choix de notre leader, expose avec courtoisie l’homme au regard bleu acier, en lisière du jardin des Tuileries. Ce peut être utile de partager notre expérience avec nos amis en France. » Un coup de pouce pour unir les droites extrêmes, dans la veine du meeting organisé à Madrid en février par l’extrême droite espagnole Vox, sous le slogan « Make Europe Great Again », auquel Kevin Roberts assistait parmi les alliés nationalistes et populistes de Marine Le Pen.


« Nous sommes inquiets pour l’Occident, pour la France, poursuit-il. L’immigration est l’une des plus grandes menaces à nos yeux – Dieu bénisse Donald Trump pour ce qu’il fait. En France, le problème est l’immigration légale, exploitée par la gauche séculière et les groupes musulmans radicaux pour miner la souveraineté nationale. La Heritage sera toujours du côté de ceux qui lutteront contre ça. » Il se durcit à l’encontre de ses adversaires. « Je me moque de ce que la gauche radicale dit de moi, tranche-t-il fermement. Je n’ai pas de colère. Je veux juste les vaincre. A chaque élection du reste de ma vie. »

Au commencement, un tête-à-tête avec Trump
Trois printemps en arrière pourtant, le 21 avril 2022, rien n’était encore écrit. La « riposte conservatrice » dont parle Kevin Roberts paraît alors loin. Donald Trump, acculé par l’enquête du Congrès sur le coup d’Etat raté au Capitole du 6 janvier 2021, se rend sur l’île huppée Amelia, au large de la Floride, pour la conférence annuelle du think tank. Kevin Roberts est là, cravate rouge piquée de petites cloches et boutons de manchette assortis. Sur scène, l’ex-président des Etats-Unis prononce ces mots doux : « C’est un groupe formidable. Ils vont jeter les bases et détailler les plans de ce que notre mouvement fera exactement lorsque le peuple américain nous donnera un mandat colossal pour sauver l’Amérique. » Plus tôt, Kevin Roberts et Donald Trump ont emprunté un jet privé depuis la résidence de ce dernier à Palm Beach. Le cliché des deux hommes penchés l’un vers l’autre, dans les fauteuils de cuir blanc, sera dévoilé bien plus tard par le Washington Post, en août 2024.


A l’époque de ce tête-à-tête floridien, Kevin Roberts lance la confection d’un guide pour préparer une nouvelle présidence républicaine : le fameux Projet 2025. Il confie l’entreprise à l’ancien DRH de la Maison Blanche Paul Dans, en mars 2022. Sa mission, rétribuée 300 000 dollars annuels, consiste à unir 54 think tanks de la galaxie conservatrice face au danger « néomarxiste », « libéral » et « progressiste ». L’énergique Paul Dans a un dada : la guerre à l’Etat fédéral, qu’il décrit comme un quatrième pouvoir. Un jour d’avril, alors qu’il roule vers sa maison de Charleston, en Caroline du Sud, il écoute le podcast « War Room » de Steve Bannon, le stratège national-populiste qui fantasme une élection « volée » en 2020 par les démocrates et les forces obscures d’un supposé « Etat profond ». Il décide d’en faire l’axe de son plan d’action.

Un style messianique
Un an plus tard, en avril 2023, l’énorme volume est prêt : 922 pages d’inspiration nationaliste, autoritaire et réactionnaire, rédigées dans un style messianique pour « bâtir une armée de conservateurs alignés, formés et préparés ». Plus les mois passent, plus le mystérieux Projet 2025 attire l’attention. Il est associé au candidat Trump, qui exprime d’ailleurs publiquement sa reconnaissance au patron de la Heritage Foundation en février 2024, au rassemblement de la National Rifle Association (NRA), le lobby pro-armes : « Kevin, merci. » Mais, à l’été, quatre mois avant le scrutin, se joue un acte théâtral qui va semer le doute : Donald Trump désavoue le Projet 2025. Le leader MAGA n’aurait même « aucune idée » de qui se cache derrière le plan, pour lequel 140 membres de son administration de 2017 à 2020 se sont impliqués, dont six anciens ministres…


Le Projet 2025 devance Taylor Swift dans les requêtes du moteur de recherche Google. Il sera téléchargé plus de 5,4 millions de fois, un record pour un rapport de think tank. Ses concepteurs comprennent le risque d’effrayer les électeurs. Kevin Roberts ajourne la publication de son propre livre, qui développe les mêmes thèses, Dawn’s Early Light : Taking Back Washington to Save America (« La Première lueur de l’aube. Reprendre Washington pour sauver l’Amérique », Broadside Books, non traduit) au 12 novembre, soit une semaine après le vote. Il explique à ses troupes, chagrin, qu’il s’agit d’un mouvement tactique : surtout, ne pas gêner Trump. Paul Dans joue quant à lui le rôle de l’agneau sacrificiel. Le directeur du Projet 2025 démissionne de la Heritage Foundation dans une ambiance à couper au couteau. Il retourne à sa vie civile d’avocat.

Mode d’emploi de la présidence
Aujourd’hui est un autre jour. Le Projet 2025 apparaît bel et bien comme le mode d’emploi des cinq premiers mois de la présidence Trump, bouleversant les institutions internationales, perturbant le commerce mondial, déséquilibrant l’architecture constitutionnelle au profit du pouvoir exécutif… « Je dirige le pays et le monde », clame au bout de cent jours Donald Trump au magazine The Atlantic. Paul Dans est de retour à la Maison Blanche, le temps d’une soirée. Le 19 mai, il est attablé au dîner offert par le président Trump aux membres du conseil d’administration du Kennedy Center, le monumental opéra qui domine la rivière Potomac, à Washington, où « Donald J. Trump, 2025 » vient d’être ajouté à la liste des présidents gravée sur le mur de marbre, depuis que le milliardaire s’est autoproclamé président de l’institution.

Ce soir-là, la chorale de l’US Army déploie ses talents, des violons tournoient entre les tables nappées. Paul Dans est aux anges : le Projet 2025, pensé comme « un menu de buffet » où Trump pouvait picorer, se déroule au-delà de ses « rêves les plus fous », confie-t-il à M Le magazine du Monde. Kevin Roberts cultivait une obsession pour la « paix » face à Poutine ? Donald Trump, « faiseur de paix » autoproclamé, malmène Zelensky dans le bureau Ovale, le 28 février, comme un cadeau au dirigeant russe. Le Projet 2025 appelait à mobiliser l’armée à la frontière sud pour expulser des millions de migrants ? Le président signe un décret pour recourir à l’armée et diffuse des clips montrant des Latinos, chaînes aux pieds, encadrés de militaires, sur les Tarmac d’aéroports, avant d’envoyer la garde nationale à Los Angeles le 8 juin pour réprimer des manifestations anti-expulsions. Le Projet 2025 veut éradiquer les politiques « DEI », pour diversité, équité et inclusion ? L’administration Trump traque jusqu’aux mots prononcés par les agents fédéraux.

La nouvelle Maison Blanche pousse même parfois le curseur plus loin. Le chapitre sur la « bureaucratie » reconnaissait des mérites à l’Usaid, l’Agence américaine pour le développement international. Donald Trump a laissé Elon Musk démanteler brutalement cet outil du soft power américain et cibler l’organisation comme « criminelle ». Le Projet 2025 proposait de réactiver un décret de Trump 1 pour remplacer plus vite les hauts fonctionnaires après une alternance. Le nouveau pouvoir a préféré mener des purges massives, sans l’aval du Congrès, au nom de la « loyauté » au président… « On aime la glace et les frites et tout ce qui vient de France, mais l’administration, vous pouvez la reprendre, insiste Paul Dans. L’Etat est un blob, il grossit tout seul. »

La politique reproductive, un grand regret
Pourtant… Trump a beau aller plus loin que le Projet 2025, les franges ultraconservatrices restent sur leur faim quant à la première promesse du plan : la politique reproductive. Le guide chapeauté par la Heritage Foundation attribue au président des Etats-Unis la « responsabilité morale de conduire la nation à restaurer une culture de la vie », en retirant du marché la pilule abortive ou en transformant le ministère de la santé en « ministère de la vie ». « Les fondements mêmes de la moralité de notre société sont en péril », lit-on sous la plume de Kevin Roberts, pour qui le droit à l’avortement, protégé au niveau fédéral, « facilitait la mort de dizaines de millions d’enfants non-nés ».

En 2022, la Cour suprême a mis fin à cette protection constitutionnelle en annulant l’arrêt Roe vs Wade de 1973 : ce n’est « que le début », annonçait le Projet 2025. Les droits des femmes passent après les « non-nés », selon cette contre-révolution conservatrice qui se joue aussi dans les tribunaux. C’est la « priorité numéro un », nous confirme Kevin Roberts, en « catholique romain qui adorerait qu’aucun avortement n’existe ». « Il était peu probable que 100 % des mesures soient adoptées, reconnaît-il. Mais nous travaillons toujours dessus. Cela adviendra sur le long terme, si nous faisons bien notre job en parlant du “fusionnisme family first”. » Un concept qui allie vision des mœurs ultraconservatrice et projet libertarien inspiré de penseurs européens, comme Friedrich Hayek. « Nous avons besoin de plus de bébés ! », lançait Kevin Roberts le 3 février, au Sommet national anti-droit à l’avortement, à Washington.

Ancienne vitrine respectable des républicains
Donald Trump, lui, n’était a priori pas le champion naturel de la Heritage Foundation. Le milliardaire n’avait aucune connexion avec le think tank. Et, avant de devenir l’arme intellectuelle au service du mouvement MAGA, la Heritage Foundation, vieille dame de l’establishment aux 500 000 membres, était la vitrine respectable du Parti républicain. Inscrite depuis cinquante ans dans le paysage de Washington, elle possède un bloc d’immeubles sur Massachusetts Avenue, à deux pas du Capitole. Impossible de manquer son QG de sept étages, avec ses deux colonnes qui évoquent les temples de la Grèce antique, où est gravé son nom : « The Heritage Foundation ». Des hommes, jeunes et vieux, costume sombre rehaussé d’une cravate à rayures, vont et viennent d’un pas rapide. A l’intérieur, on passe sous un chandelier acheté à l’Independence Hall, à Philadelphie, lieu historique où a été rédigée la Constitution américaine. Des couloirs courbés et des bureaux sobres laissent entrevoir des portraits de Ronald Reagan et des salles baptisées « Margaret Thatcher ».

Longtemps, les conseillers seniors de la Heritage ont considéré que le national-populiste Trump n’était pas de la famille. « Un clown » qui devrait « sortir de la course » de 2016, attaquait sur FoxNews Michael Needham, à la tête de la branche lobbying Heritage Action, aujourd’hui conseiller du secrétaire d’Etat, Marco Rubio. Tout change lorsque, cette année-là, Donald Trump remporte sa première élection présidentielle. Le président de la Heritage Foundation est alors l’ex-sénateur proche du Tea Party Jim DeMint.

Après une nuit électorale au QG de la Heritage, il réunit quelque 200 membres dans l’auditorium pour se féliciter de n’avoir pas ostracisé Trump, comme le voulaient ses « amis » conservateurs et des membres de sa fondation. Cela tombe bien… Le président-élu n’est pas prêt. Heritage l’est pour lui. Aidé par Steve Bannon, chef de la stratégie à la Maison Blanche, le think tank lui fournit une base de noms : plus de 60 recrues des cabinets ministériels et des agences fédérales, et quelques membres du gouvernement. Malgré tout, Donald Trump peine à nommer des fidèles aux 4 000 postes-clés. Il compte surtout sur sa fille Ivanka et son gendre Jared Kushner.

Ronald Reagan, idole du think tank
Agence de ressources humaines, c’est la raison d’être de la Heritage depuis sa création, en 1973. « Avant tout, vous devez avoir les bonnes personnes », a coutume de dire son fondateur, Edwin Feulner, dinosaure du monde républicain, aujourd’hui âgé de 83 ans, issu d’un courant méfiant envers les RINO (republican in name only, « républicains de nom seulement »). En 1980, c’est sous l’impulsion d’Ed Feulner que la Heritage s’engage pleinement dans la campagne de l’ancien acteur de Hollywood Ronald Reagan.

Dans son ranch de Santa Barbara s’alignent les ouvrages des penseurs libéraux Milton Friedman et Friedrich Hayek. « On a su qu’il était l’un des nôtres », a confié Feulner au New York Times Magazine en 2018. Le think tank produit alors un volume de 1 093 pages, Mandate for Leadership. Arrivé à la Maison Blanche, Reagan le distribue au premier conseil des ministres. Il se vantera d’avoir appliqué 60 % des mesures. Plus de quarante ans plus tard, le Projet 2025 porte le même titre, Mandate for Leadership et Reagan reste l’idole du réseau Heritage. « La longue marche du marxisme culturel par le biais de nos institutions touche à sa fin », écrit Paul Dans, en présentant l’ère Trump comme la suite de « 1980 ».

Avec Trump, la Heritage a vu l’occasion de revenir au centre du jeu, après un creux pendant les années Bush. Le chemin avait été ouvert par Jim DeMint. Sa successeure en 2018, l’Afro-Américaine Kay James, poursuit sur cette lancée. Cette républicaine qui a servi sous Reagan et George W. Bush rêve ainsi de convertir les jeunes, les femmes et les minorités aux idées conservatrices. Un dessein en partie réalisé… sans elle. En 2021, la seule femme à avoir accédé au sommet de la Heritage démissionne, jugée trop modérée, elle qui écrit en plein mouvement Black Lives Matter, en 2020 : « Combien de Noirs devront encore mourir ? Le racisme en Amérique est une blessure mortelle. » L’homme qui la remplace incarne une ligne radicale : Kevin Roberts.

Viktor Orban, source d’inspiration
Né dans une famille catholique, cet homme marié et père de quatre enfants était salué comme un excellent historien à l’université d’Austin, au Texas, où il a obtenu un doctorat après une thèse sur l’esclavage face à l’ordre racial des Blancs. Auprès de M Le magazine du Monde, il nie « catégoriquement » avoir changé depuis l’époque où il « utilisait les archives historiques pour redonner une voix et une humanité aux esclaves ». Dix ans plus tard, alors qu’il dirige l’université catholique du Wyoming, le très pieux Kevin Roberts refuse des fonds fédéraux qui l’obligeraient à admettre des personnes transgenres ou LGBT – un « bastion de cow-boys cathos », brocarde le New York Times. Il presse les étudiants de « se conformer à la vérité catholique ».

On le dit inspiré par le Hongrois Viktor Orban dans sa croisade pour l’identité blanche et chrétienne. En mars 2024, Kevin Roberts avait discrètement accueilli le premier ministre nationaliste dans les locaux de la Heritage Foundation, après que le Hongrois avait rendu visite à Donald Trump à Mar-a-Lago. « La Hongrie nous a inspirés, nous confirme Roberts à Paris. Grâce à Orbán, l’identité nationale en Hongrie a ressuscité. L’Union européenne utilise l’oripeau de la démocratie contre lui. C’est une leçon pour nous aux Etats-Unis. » Il y a quelques années, à Budapest, Kevin Roberts avait été impressionné par les grands travaux lancés par Orbán pour effacer toute trace du passé communiste. La preuve que la volonté politique peut tout, même réécrire l’histoire. « On a des bâtiments de style soviétique à Washington, ajoute-t-il. Comme le ministère de l’éducation, qui heureusement est en train d’être démantelé. »

Kevin Roberts est ainsi l’homme qui a achevé la conversion de la Heritage aux idées trumpiennes. En politique étrangère, il a recruté des senior advisors favorables à la réduction de l’aide militaire américaine à l’Ukraine et hostiles à l’OTAN. En matière commerciale, la Heritage a pris un tournant ultraprotectionniste, rompant avec le libre-échange cher aux républicains pour engager la guerre des droits de douane. « C’est le contexte qui a changé : on est attaqués par des pays – ici, l’Union européenne – qui se cachent derrière le mythe du libre-échange, mais refusent d’en respecter les règles », répond Kevin Roberts, quelques heures après que Donald Trump a menacé d’appliquer une taxe douanière de 50 % à l’Europe. « Il y a dix ans, j’aurais pu être inquiet, dit-il au sujet de la plongée boursière. Mais l’incertitude, que les marchés n’aiment pas, va se dissiper d’ici à septembre ou octobre. Et début 2026, ce sera une victoire économique. »

J. D. Vance, l’allié naturel
Pour la Heritage pro-Trump, le grand pari s’est en tout cas révélé payant. Les auteurs du Projet 2025 sont les fidèles lieutenants qui entourent aujourd’hui le président, lorsqu’il reçoit dans le bureau Ovale ou qu’il arpente la scène de la Conservative Political Action Conference (CPAC), la grand-messe des conservateurs du monde entier. Russ Vought, responsable du chapitre sur le pouvoir unitaire du président et sa gouvernance par décrets : directeur du budget de la Maison Blanche. Stephen Miller, inspirateur du plan d’expulsion massive de migrants : chef adjoint de cabinet de Trump et idéologue du nationalisme blanc, pièce maîtresse de sa présidence. Tom Homan, rebaptisé « tsar de la frontière » par Trump : directeur exécutif adjoint chargé des expulsions. Peter Navarro, idéologue du « juste échange » dans le Projet 2025 : conseiller chargé du commerce à la Maison Blanche, apôtre des droits de douane massifs. John Ratcliffe, enfin : patron de la très sensible CIA…

Donald Trump est leur leader officiel, mais l’allié naturel de la Heritage est J. D. Vance. Converti au catholicisme à 35 ans, le vice-président endosse le discours de la frange évangélique sur « la famille », « les droits individuels donnés par Dieu » et « la dévotion religieuse comme la plus grande source de bonheur du monde », selon les mots du Projet 2025. Il sera « l’un des leaders, si ce n’est le leader, de notre mouvement », pressentait même Kevin Roberts, en mars 2024, auprès de Politico. On retrouve la signature de l’ancien sénateur de l’Ohio dans un rapport du think tank de 2017, du temps où il défendait la classe ouvrière blanche du Midwest. Il a aussi préfacé le livre de son ami Kevin Roberts : « Il est temps de mettre les chariots en cercle et de charger les mousquets », écrit le vice-président des Etats-Unis, pour qui la Heritage Foundation est « le moteur d’idées le plus influent pour les républicains, de Ronald Reagan à Donald Trump ».

Steve Bannon jubile
Un autre homme avait brandi le Projet 2025 comme une bible pour « démanteler l’Etat administratif brique par brique », avant d’être conduit en prison quatre mois pour avoir entravé l’enquête du Congrès sur l’attaque du Capitole : Steve Bannon. En ce printemps 2025, l’idéologue de l’alt-right MAGA jubile. Nous le retrouvons à Washington, dans l’une de ces maisons étroites de Capitol Hill datant de l’ère napoléonienne, derrière la Cour suprême, où il vit une partie de l’année.

Au sous-sol aménagé en studio d’enregistrement, le podcasteur Bannon, toujours très influent auprès de la base trumpiste, s’empare d’un exemplaire du Projet 2025 posé sur la cheminée, à côté d’un tableau de lui-même et d’une de ses citations encadrée aux accents conspirationnistes : « Il n’y a PAS de complot mais il n’y a PAS de coïncidence. » S’il n’a pas contribué au Projet 2025, il ne rate jamais une occasion de remercier ses « amis » de la galaxie Heritage. « Personne n’a publié un livre comme celui-là. Ces quatre ans nous ont permis de tout planifier, de placer 500 personnes des think tanks dans l’administration. Vous en voulez un exemplaire ? » Il offre le Projet 2025 comme un missionnaire distribue l’Evangile, et s’amuse à dédicacer le pavé au Monde, ponctuant son message de points d’exclamation triomphants : « MAGA !!! »

Le cheval de Troie du trumpisme en Europe a plusieurs visages. Avant la Heritage Foundation et ses satellites, Steve Bannon avait déjà tenté de coaliser les extrêmes droites du Vieux Continent à l’approche des élections européennes de 2019. Il a notamment été l’invité d’honneur du congrès du Front national de Marine Le Pen en 2018. Sept ans après, l’idéologue MAGA décrit les dessous de « la révolution national-populiste » aux Etats-Unis – une nouvelle génération d’élus MAGA au Congrès, des hauts fonctionnaires formés dans des think tanks pro-Trump – et invite les nationalistes d’Europe à s’en inspirer.

Evidemment, il faut un leader solide, ajoute-t-il en référence à Marine Le Pen, condamnée pour détournement de fonds publics en première instance : « Elle risque la prison. Mais elle est forte. On va la soutenir dans tout ce dont elle a besoin pour montrer que cette affaire est une farce, comme pour Bolsonaro. Elle serait parfaite pour être présidente de la France. » Il répète que « Bardella est un clown, un petit garçon, une blague. Contre les puissances mondialistes, il faut être dur comme l’acier. Etre prêt à aller en prison ».

Bannon fait partie de cet écosystème pro-Trump qui cultive les références à l’Europe. Sa maison décorée « à la française » évoque son autre repaire : le restaurant français Butterworth’s, l’un de ces nouveaux lieux de rendez-vous de l’élite MAGA de Washington, où il dînait la veille. On y fête les victoires de Trump et la disgrâce d’Elon Musk, en dégustant tartare de veau au foie gras et caviar. Le bistrot, détenu par l’ancien rédacteur en chef du site d’extrême droite Breitbart, Raheem Kassam, un ami de Bannon, est parsemé de détails évoquant l’époque victorienne.

Un portrait de la reine Elizabeth est accroché au mur. Des touches de culture classique européenne prisées de la génération MAGA élevée entre le quartier new-yorkais de Manhattan et les salons bon teint de Washington. « Le trumpisme a ressourcé le Parti républicain dans une vision identitaire. Or la source civilisationnelle de l’Amérique, c’est l’Europe, sa profondeur culturelle et chrétienne », exalte Nicolas Bay, l’ancien numéro deux du Front national devenu RN, aujourd’hui eurodéputé affilié au groupe de Marion Maréchal, venu à Washington en février pour nouer des contacts à la Heritage Foundation. Le rendez-vous a eu lieu en marge du raout annuel de la CPAC, auquel M Le magazine du Monde a assisté.

L’Union europénne, une institution à abattre
Opération cartes de visite et petits fours : Nicolas Bay participe ce jour-là à un cocktail des eurodéputés conservateurs, nationalistes et identitaires au QG de la fondation, sur Massachusetts Avenue. Ces contacts avec les extrêmes droites européennes ont lieu avec la régularité d’un métronome. Fin janvier, la Heritage avait rencontré le Tchèque Filip Turek, climatosceptique et friand des objets du IIIe Reich, membre du groupe europhobe Patriotes pour l’Europe, où siège le RN de Jordan Bardella. Le 11 mars, la Heritage accueillait à huis clos le Mathias Corvinus Collegium, école hongroise dirigée par le conseiller politique de Viktor Orban, et l’Ordo Iuris, fondation traditionaliste polonaise.

C’est là que les deux instituts ont choisi de présenter leur rapport, « La grande réinitialisation », visant à démanteler l’Union européenne de l’intérieur en calquant les priorités de Trump 2. « En ce qui concerne l’Europe, le président Trump a une stratégie qui consiste à diviser pour mieux régner », confiait E. J. Antoni, l’un des économistes du Projet 2025, en marge de la visite de l’Italienne Giorgia Meloni à Washington, en avril. C’est aussi là, dans ces auditoriums tamisés de la Heritage, que se consolide la droitisation des Etats-Unis et que s’échafaude, en partie, celle de l’Europe, au fil de conférences critiques sur les agendas climatiques ou la politique vaccinale.

Il y a aussi des élus centristes curieux. Comme l’ex-conseiller d’Emmanuel Macron David Amiel, qui s’est retrouvé à la Heritage en marge de l’assemblée annuelle du FMI, en avril. Le député de Paris a rencontré James Carafano, principal conseiller de Kevin Roberts. Il en est sorti « extrêmement inquiet de l’offensive ultraréactionnaire américaine » et l’a remonté à l’Elysée. « Leur vrai projet consiste à démanteler toutes les avancées de l’Amérique depuis les années 1960, le droit à l’avortement, la prise de conscience climatique, les droits civiques… insiste David Amiel. Dans le bloc d’extrême droite américaine, il y a l’aile populiste qui parle aux petits Blancs des Etats désindustrialisés, l’aile oligarchique des patrons de la tech, l’aile ultraréactionnaire de la Heritage. La guerre culturelle réunit tout le monde, c’est le ciment de la coalition trumpiste. »

Points d’entrée en Europe
Pendant ce temps, les points d’entrée en Europe se multiplient, avec des profils politiques issus des réseaux Heritage. Comme ambassadeur des Etats-Unis auprès de l’Union européenne, Donald Trump a choisi l’ancien patron de chaînes de fast-food Andrew Puzder, associé à ses pubs suggestives (« J’aime les belles filles qui mangent des hamburgers en bikini »). Il avait dû renoncer à sa nomination comme ministre du travail en 2017, rattrapé par l’emploi au noir d’une sans-papier et d’anciennes accusations de violence conjugale.

Cet ancien avocat de la lutte antiavortement, qui a contribué à rédiger la loi du Missouri de 1989 selon laquelle la vie débute dès la conception, est un éminent intervenant de la Heritage Foundation. « Mon grand ami », dit de lui Kevin Roberts lorsqu’il l’accueille dans son podcast sur fond de musique country, le 22 janvier. Andrew Puzder y étrille une élite financière adepte des politiques DEI en entreprise, un « socialisme déguisé », au détriment des profits des actionnaires. On retrouve aussi la fine fleur des réseaux conservateurs autour de Charles Kushner, nommé par Trump ambassadeur des Etats-Unis en France – et père de Jared, le mari d’Ivanka Trump. Gabriel Scheinmann, invité de la Heritage Foundation en tant que patron de l’Alexander Hamilton Society, autre think tank de Washington, devrait arriver à Paris comme chef de cabinet de l’ambassadeur.

L’élection du Polonais Nawrocki, une victoire
Aux Etats-Unis, démocrates et patrons de think tanks libéraux s’en mordent les doigts. Comme l’écrivain nigérian-américain Tope Folarin, directeur général du libéral Institute for Policy Studies : « Tout était écrit, mais on ne l’a pas pris assez au sérieux. Maintenant, les architectes du Projet 2025 déroulent un agenda de long terme qui s’attaque aux idées, à la culture et aux libertés. » Et au modèle libéral européen. « Peu de fondations américaines ont un intérêt croissant pour l’Europe de l’Ouest, atteste Nicolas Conquer, tête d’affiche française de Republican Overseas. La Heritage peut inspirer de la doctrine ici, un Projet 2027 à la française… »

L’administration Trump n’a pas hésité, en mars, à intimer aux grands groupes européens de stopper leur politique interne d’inclusion et d’égalité. Ingérence qui a fait bondir le patronat, les syndicats et le gouvernement français, pour qui « les valeurs du nouveau gouvernement américain ne sont pas les nôtres ». Dans la droite ligne de l’offensive idéologique de J. D. Vance, à Munich, en février, la Heritage Foundation a produit des notes sur le « free speech » : haro sur « l’impérialisme numérique » de Bruxelles qui imposerait les standards européens de régulation de la haine en ligne. Une « censure des Big Tech », lit-on, qui aurait « des conséquences dévastatrices »… sur les élections américaines.

Le 27 mai pourtant, pendant que Kevin Roberts rencontrait le gratin de l’extrême droite à Paris, Donald Trump envoyait sa secrétaire à la sécurité intérieure, Kristi Noem, en Pologne, pour soutenir le nationaliste-conservateur Karol Nawrocki dans l’entre-deux-tours de l’élection présidentielle. « Il doit être le prochain président de Pologne. Vous m’entendez ? », a-t-elle harangué le doigt pointé, sur la scène de la CPAC, déclinée pour la première fois en Pologne. Vœu exaucé : le candidat admirateur de Trump, reçu à la Maison Blanche un mois plus tôt, a remporté l’élection sur un fil, le 1er juin. A la Heritage Foundation, on s’est réjoui d’une « énorme victoire » : « L’Europe pourra peut-être être sauvée. »
"Quand il se regardait dans une glace, il était toujours tenté de l'effacer." Jules Renard.
Avatar du membre
bzhyoyo
Corne verte
Messages : 13784
Enregistré le : 04 déc. 2016 19:20

Re: Géopolitique

Message par bzhyoyo »

L'union des cerveaux pourris par le radicalisme religieux et le racisme : connards de tous pays, unissez-vous !
"For every complex problem there is an answer that is clear, simple, and wrong." - H.L. Mencken
«Tous ces gens qui nous ont chié dessus pendant des années, putain, mais prenez conscience de ça, qu’on est un putain de bon club.» Romain Danzé
Avatar du membre
Droopy2
Corne verte
Messages : 21332
Enregistré le : 04 mars 2019 10:40

Re: Géopolitique

Message par Droopy2 »

-La guerre des barbus-

Ai-je la moindre sympathie pour le régime iranien ? C’est ce régime islamiste qui est le responsable principal, dans le monde entier, d’une radicalisation de l’obscurantisme d’un certain islam qui s’est répandu à tous les autres pays dits-islamiques, et c’est ce régime qui fait vivre aux Iraniens une dictature sanglante depuis qu’il a pris le pouvoir (en renversant une dictature qui était sanglante, elle aussi, ne l’oublions pas trop vite, celle du Shah). C’est aussi ce régime qui a financé les terroristes qui ont frappé, dans le monde entier (et en France), et tué des centaines et des centaines de gens qui n’avaient rien à voir avec les enjeux politiques au nom desquels ils étaient tués ; et c’est enfin un régime qui fournit à la Russie de Poutine des aides militaires non seulement actives mais redoutablement efficaces (on pense aux « Shahed »).

Est-ce que je peux savoir quelque chose de son programme nucléaire militaire ? Je n’en sais strictement rien, puisque je ne sais que ce qu’en disent les gouvernements de pays qui sont leurs ennemis, mais je n’ai aucune raison de croire qu’ils n’ont pas un programme nucléaire, et la meilleure preuve qu’ils l’ont, c’est qu’ils ont enterré leurs ateliers à des profondeurs que ne peuvent atteindre, si j’ai bien compris, que des bombes américaines dont Netanyahou demande à Trump la livraison.

*

Cette nouvelle guerre déclenchée par Netanyahou entraînera-t-elle la chute d’un régime haï par une majorité de la population de l’Iran, – d’un régime qui ne tient, comme celui de Russie, que sur deux forces, – mais des forces redoutables : l’une est la répression physique, la terreur, la torture systématique des personnes, hommes ou femmes, qui se retrouvent dans ses griffes ; l’autre, encore plus puissante, est la misère, c’est-à-dire une difficulté si profonde de vivre au quotidien que les soucis de la survie sont devenus les seuls qui comptent ? – Là encore, je ne vais jouer à faire des prévisions, mais l’impression que j’ai, à voir les réactions, en Iran et hors d’Iran, des opposants, est que ce serait plutôt l’effet inverse : évidemment que le régime est haï, mais le pays est attaqué et, à supposer que le régime des mollah finira par tomber (et je ne pleurerai pas la mort de Khaméneï), celui qui lui succédera portera l’ombre des vainqueurs.

L’Iran est attaqué pour son programme nucléaire par un pays qui s’est arrogé le droit d’avoir la bombe atomique lui-même, et qui se l’est arrogé, ce droit, avec le silence complice de l’ensemble de l’Occident. Tout le monde sait, et Israel n’en fait désormais pas mystère (depuis des années et des années) qu’il possède la bombe atomique – ce qui, mais c’est un autre sujet, - ne laisse pas de me plonger dans une perplexité profonde : contre qui Israël peut-il l’utiliser, sa bombe, sans subir ses propres radiations ?... Bref, il doit y avoir une idée derrière, mais je ne la comprends pas.

Ce qui est sûr est que la tartufferie occidentale éclate, là encore : si l’Iran n’a pas le droit d’avoir la bombe (et non, il ne doit pas avoir le droit), pourquoi Israel a-t-il eu le droit ?

*

Ce qui est sûr aussi est que cette nouvelle guerre d’Israel n’a pas été déclenchée à cause la bombe iranienne, mais pour des raisons qui sont à la fois intérieures à Israel et globales.

Les raisons intérieures, tout bêtement, sont celles de Netanyahou lui-même, qui a besoin de l’état de guerre pour rester au pouvoir, – puisqu’il est menacé par une trollée d’affaires judiciaires de corruption, concussion etc., etc, et qu’il est hors d’atteinte de la justice tant qu’il dirige un gouvernement qui mène une guerre active. Mais à ces raisons sordides – tout est sordide chez Netanyahou – s’ajoutent des raisons autrement plus graves : certes, il s’agit de répliquer aux missiles iraniens qui menacent Israel (après qu’Israel a mené des assassinats ciblés sur le territoire iranien, depuis des années). L’essentiel est de démontrer la force et, d’une façon ou d’une autre, de faire s’effondrer tous les pouvoirs de la région, – pas seulement celui de l’Iran.

Il ne s’agit pas pour Israel, évidemment, de conquérir l’Iran, et, malgré les déclarations israéliennes, de favoriser l’émergence d’une démocratie à Téhéran, mais de mettre en place un gouvernement fantoche qui lui laisserait totalement les mains libres au moment où les fascistes au pouvoir à Jérusalem mèneront leur guerre essentielle, – qui n’est pas celle-là, mais celle qu’ils mènent, jour après jour, par la repression policière et militaire, par les colons et par les changements législatifs sur la nature du foncier, par exemple, – contre les Palestiniens, de Gaza (sous les yeux du monde) et ceux de Cisjordanie (à quoi peu de gens font attention).

Il s’agit de détruire toute possibilité d’un état stable et tant soit peu indépendant, partout aux frontières d’Israel, – comme il ne s’est pas seulement agi de détruire le Hezbollah au Liban (et le Hezbollah est très très loin d’être détruit).

Il s’agit aujourd’hui de s’emparer de toutes les terres, en décrétant, par exemple, que les droits de propriété qui, essentiellement, remontaient à la période jordanienne, sont nuls et non avenus en Cisjordanie, et que, donc, n’importe qui peut réclamer les terres en question. C’est la réponse, concrète, à la proposition, toujours pas aboutie, de reconnaissance occidentale de l’État palestinien. – Désormais, ce n’est pas seulement à cause de la colonisation effective que cette solution est définitivement impossible, mais à cause de ces changements législatifs, qui n’ont même pas été discutés, si je comprends bien, au parlement : la loi (si je ne me trompe) vient de changer (il y a quelques jours), par décret. – Et je rappellerai que, parallèlement, Israel a détruit – et s’en est vanté – toutes les archives civiles de Gaza, c’est-à-dire, concrètement, tous les titres de propriété des batîments (détruits, comme nous savons, à plus de 80%). C’est-à-dire qu’à supposer même que les habitants puissent revenir chez eux, ils n’auront plus aucun moyen de prouver qu’ils ont perdu leur maison ou leur appartement : toutes les archives ont brûlé.

*

Le régime iranien est un régime terroriste. Le but d’Israel semble limpide : devenir le seul pays capable d’imposer sa terreur dans la région, – et transformer le Moyen-Orient tout entier (y compris l’Iran) en zone d’influence, ou, disons, en zone de passivité face à son expansionnisme. D’un régime terroriste à l’autre, et mis à part le financement du terrorisme islamiste international, je ne vois aucune différence entre les mollahs au pouvoir à Téhéran et les mollah au pouvoir dans le gouvernement Nétanyahou, – euh, je veux dire les rabbins. Des barbus, les uns comme les autres, – des frères jumeaux, en fait. Aussi détestables les uns que les autres.

Pendant ce temps, Poutine se frotte les mains – le cours du pétrole grimpe en flèche, et il n’a pas à craindre de perdre un fournisseur d’armes. Aujourd’hui, les Shahed sont produits en Russie même. Bref, tout va bien. Merci pour lui.
André Markowicz.
"Quand il se regardait dans une glace, il était toujours tenté de l'effacer." Jules Renard.
Avatar du membre
de faria
Blanc-bec
Messages : 3499
Enregistré le : 04 déc. 2016 19:32

Re: Géopolitique

Message par de faria »

Bon, les États Unis entrent en guerre en bombardant les sites nucléaires iraniens :?
Tonton35 a écrit :
Franchement, on ne sait plus vendre, Dreossi revient.
Avatar du membre
Shala
Corne verte
Messages : 8713
Enregistré le : 11 août 2019 20:30

Re: Géopolitique

Message par Shala »

Enfin ! Pour la fête de la musique ils ont organisé plusieurs boums.

Et il y a quelques années, c’est ce qui aurait dû être fait en Corée du Nord…
🇺🇦
Ru ha Du
Blanc-bec
Messages : 3618
Enregistré le : 04 nov. 2020 23:35
Localisation : Roazhon la Belle

Re: Géopolitique

Message par Ru ha Du »

Que fout l'étron challah sur ce topic, virez-moi cette grosse merde de la zup looseuse !

https://www.youtube.com/live/wMCaq5I4PJ ... mf1DWKmrKc
Afrique

Ya un autre sujet sur Ed Filipe, à venir ...
Minorité majoritaire, on me dit que je ressemble à Alain de loin
Avatar du membre
Shala
Corne verte
Messages : 8713
Enregistré le : 11 août 2019 20:30

Re: Géopolitique

Message par Shala »

:lol:
Toujours aussi neuneu le sociopathe !
🇺🇦
Ru ha Du
Blanc-bec
Messages : 3618
Enregistré le : 04 nov. 2020 23:35
Localisation : Roazhon la Belle

Re: Géopolitique

Message par Ru ha Du »

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Statut_de_Rome
Le Statut de Rome a été adopté à l'issue d'un vote avec 120 voix pour, sept voix contre et vingt et une abstentions[8]. Il existe un différend sur l'identité des sept États qui ont voté contre[9]. Il est certain que la république populaire de Chine, l'État d’Israël et les États-Unis d'Amérique étaient trois des sept à avoir voté contre puisqu'ils l'ont confirmé publiquement. L'Inde, l'Indonésie, l'Irak, la Libye, le Qatar, la Russie, l'Arabie saoudite, le Soudan et le Yémen ont été identifiés par divers observateurs comme sources possibles pour les quatre autres votes négatifs même si l'Irak, la Libye, le Qatar et le Yémen sont les quatre les plus couramment identifiés comme tel.
Minorité majoritaire, on me dit que je ressemble à Alain de loin
Avatar du membre
bzhyoyo
Corne verte
Messages : 13784
Enregistré le : 04 déc. 2016 19:20

Re: Géopolitique

Message par bzhyoyo »

Je vais pas me taper deux heures de Branco : il maintient toujours qu'on a cherché à l'empoisonner ou il a enfin admis avoir choppé la tourista ?
"For every complex problem there is an answer that is clear, simple, and wrong." - H.L. Mencken
«Tous ces gens qui nous ont chié dessus pendant des années, putain, mais prenez conscience de ça, qu’on est un putain de bon club.» Romain Danzé
Ru ha Du
Blanc-bec
Messages : 3618
Enregistré le : 04 nov. 2020 23:35
Localisation : Roazhon la Belle

Re: Géopolitique

Message par Ru ha Du »

Minorité majoritaire, on me dit que je ressemble à Alain de loin
Avatar du membre
Droopy2
Corne verte
Messages : 21332
Enregistré le : 04 mars 2019 10:40

Re: Géopolitique

Message par Droopy2 »

Le Monde, live.
La Russie « constitue une menace durable », a affirmé Thierry Burkhard, chef d’état-major des armées français, lors d’une conférence de presse vendredi matin. « C’est une vraie puissance conventionnelle et nucléaire », a-t-il déclaré, évoquant un « modèle d’armée complet jusqu’au bout des ongles ».

Si le chef de l’état-major des armées « ne craint pas un retrait total américain » – « ce n’est pas dans leur intérêt », a-t-il estimé –, « la nécessité pour les Européens d’augmenter leur capacité de défense est quelque chose d’essentiel », car « en Ukraine se joue la sécurité de l’Europe », a-t-il défendu. « Une défaite ukrainienne serait une vraie défaite européenne, a-t-il ajouté. On deviendrait les herbivores au milieu de carnivores et ce n’est pas très agréable d’être en bout de chaîne alimentaire. »

« La France est une cible prioritaire » du Kremlin
« Le Kremlin a fait de la France une de ses cibles prioritaires », a affirmé Thierry Burkhard, chef d’état-major des armées français, lors d’une conférence de presse vendredi matin. Cela se caractérise sous forme d’une « guerre hybride », « dans tous les domaines : dans l’espace, dans le cyber, dans les fonds marins » ou encore « dans le champ informationnel », en particulier en Afrique.

Il a également mentionné les « proxys » sur le territoire national, « agents un peu jetables utilisables une fois » : « Moldaves arrêtés dans l’affaire des étoiles de David », « les cercueils devant la Tour Eiffel » ou encore « les punaises de lit durant les JO ».
"Quand il se regardait dans une glace, il était toujours tenté de l'effacer." Jules Renard.
Répondre

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré et 1 invité