Ca y est, c'est la crise!

Ici, ça rigole po.
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CraSh
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Re: Ca y est, c'est la crise!

Message par CraSh »

Dernier message de la page précédente :

En tout cas, dans les collectivités, l'orientation va au régime très très sec. Pas d'investissement pour 2025, on va mettre l'essentiel des ressources dans le fonctionnement et parer à l'urgence.

Parce que la comédie qui se joue actuellement à l'assemblée a déjà des effets. Les budgets sont en cours d'élaboration et si on s'attendait à un coup de rabot, là c'est le financement même des collectivités qui est en suspens. L'état va garantir les salaires mais le reste... Et par effet de bord, tous les gens qui bossent avec et pour nous vont être touchés.

Ça aura au moins le mérite de faire des économies :fan: . D'ailleurs dans les financements départementaux, ceux allant vers le social sont également ciblés.

Barnier a raison sur une chose, il va falloir expliquer aux électeurs les conséquences. Parce que pour le moment, il n'y a rien de concret dans le quotidien des français mais dans 2/3 mois, on en reparle. Vos services publics ne fonctionnaient pas ? Le meilleur arrive.
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de faria
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Re: Ca y est, c'est la crise!

Message par de faria »

Récession, récession, récession et dette abyssale qu’il faut rembourser, j’ai peur pour l’avenir de la France :?
Tonton35 a écrit :
Franchement, on ne sait plus vendre, Dreossi revient.
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Droopy2
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Re: Ca y est, c'est la crise!

Message par Droopy2 »

Bah, Poutine doit être content, c'est déjà ça :syl:
"Quand il se regardait dans une glace, il était toujours tenté de l'effacer." Jules Renard.
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Karlmat
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Re: Ca y est, c'est la crise!

Message par Karlmat »

" ÉLYSÉE ET GOUVERNEMENT PARTI PRIS

Le présidentialisme, de crise en crise, jusqu’au chaos

On savait depuis longtemps que les institutions françaises, organisant « l’exercice solitaire du pouvoir », étaient dangereuses. Avec un président toxique, imprévisible ou méprisant, elles le sont plus encore, et entraînent le pays vers le chaos.

De tous les combats éditoriaux que Mediapart a menés depuis sa création en 2008, il en est un qui nous a toujours tenu particulièrement à cœur : celui contre le présidentialisme. Attaché aux règles d’une démocratie
vivante et équilibrée, notre journal a constamment cherché à alerter sur les dangers de ce système politique.
Un système qui en sape les fondements, en conférant quasiment les pleins pouvoirs à un homme seul, à ses caprices ou ses emportements. Et qui abaisse ou bâillonne toute forme de contre-pouvoirs véritables, qu’il s’agisse des syndicats, des autorités indépendantes ou de la presse. À la volonté de tous, ce système oppose la tyrannie d’un seul.
Maintenant que le gouvernement Barnier vient de tomber, on mesure mieux encore à quel point ce combat démocratique est impérieux. Car, de crise en crise, le présidentialisme français est désormais crépusculaire et est en train d’amener le pays dans un chaos dont on voit mal comment il en sortira.
C’est peu dire que les alertes pointant les ravages du présidentialisme sont anciennes. Elles sont presque aussi vieilles que la République. Elles ont été particulièrement virulentes sous le Second empire : de très grandes voix, comme celle de Karl Marx (1818-1883) dans Le 18 brumaire de Louis Bonaparte, ou de Victor Hugo (1802-1885) dans Napoléon le Petit, ont dénoncé chacun avec leurs mots les errements de ce régime autoritaire. Et tous les républicains de l’époque ont enfourché ce même cheval de bataille, en étant envoyés en prison ou au bagne pour cela.

Quand Raymond Aron dénonçait « l’ombre des Bonaparte »

L’idéologue de la droite anti-gaulliste, Raymond Aron (1905-1983), doit aussi figurer dans cette liste des détracteurs célèbres du bonapartisme. De Londres, où il se trouve en 1943, il écrit dans la revue La France libre, un célèbre pamphlet intitulé L’Ombre des Bonaparte qui, à l’époque, fit scandale. Car si c’est Napoléon, Napoléon III et le général Boulanger qui sont apparemment en cause, tout le monde comprend que c’est indirectement l’ambition personnelle et le projet politique du général de Gaulle qui sont alors visés.
Raymond Aron, qui revient longuement sur cette affaire dans ses Mémoires, y dénonce en particulier « la conjonction des extrêmes dans le mythe d’un héros national, le ralliement du parti d’ordre à l’aventurier adulé par les foules, l’explosion de ferveur montant vers le chef charismatique, la mobilisation des multitudes flottantes ». Dans une formule que ne lui pardonnera jamais le général de Gaulle, Raymond Aron ajoute : « Si profonde et unanime que soit cette aspiration à la liberté, la nation n’en restera pas moins, tant que ses institutions n’auront pas été réorganisées, exposée aux aventures. »
Mais c’est évidemment avec l’instauration de la Ve République que ce système pervers anémiant la démocratie va s’installer le plus durablement dans la vie politique française. Et ce alors même que des alertes ont été lancées dès l’instauration de ce régime. Les plus pertinentes ont été le fait de François Mitterrand (1916-1996), dans son pamphlet Le Coup d’État permanent. L’homme, qui a ensuite si spectaculairement tourné casaque en s’accommodant du monarchisme républicain durant les années 1980, était avant cela le pourfendeur sévère des institutions présidentialistes.

François Mitterrand : « Un coup d’État de tous les jours »

Souvenons-nous en effet de ce qu’il écrivait en 1964, et qui prend dans la France d’Emmanuel Macron en 2024 une si forte résonance : « Car qu’est-ce que le gaullisme, depuis qu’issu de l’insurrection, il s’est emparé de la nation ? Un coup d’État de tous les jours. La Constitution, ce chiffon de papier qui porte la signature de 18 millions de Français, de quelle main impatiente le général de Gaulle n’arrêtera-t-il pas de la froisser ! D’abord, il s’emparera corps et biens du pouvoir exécutif et réduira le gouvernement à la fonction d’un agent subalterne. Ensuite, il isolera le Parlement dans un ghetto d’interdits, il lui ôtera les trois quarts de sa compétence législative, il lui arrachera la quasi-totalité de sa compétence constitutionnelle et, pour achever l’ouvrage, il le livrera aux risées d’une propagande totalitaire en faisant moquer ses sursauts impuissants. »
La charge prophétique se poursuit ainsi : « Enfin, il se débarrassera des derniers contrôles importuns qui risquent de gêner sa marche vers l’absolutisme : Conseil constitutionnel qu’une poignée d’avoine fera rentrer à l’écurie ; Conseil d’État qu’on musellera ; magistrature qu’on évincera. Alors ne restera debout, face au peuple abusé, qu’un monarque entouré de ses corps domestiques : nous en sommes là. »
Et toujours pour bien mesurer la gravité des temps présents, il faut aussi écouter la fin du propos de François Mitterrand à l’égard du chef de l’État : « Le premier ministre est son aide de camp, les autres ses ordonnances. Ce qui ne l’empêche pas de surveiller son petit monde de près et d’entretenir une escouade d’attachés obscurs et diligents qui oriente et contrôle, de l’Élysée, les actes ministériels. Les membres du gouvernement savent qu’ils dépendent d’une humeur et pour s’y adapter s’entraînent au dressage qui assouplit l’échine. La plupart y réussissent sans forcer leur nature. Certains en souffrent, mais tirent un mérite supplémentaire de la difficulté qu’ils ont à se montrer serviles. »

Emmanuel Macron, un président sans principes

Tout au long des décennies suivantes, c’est donc dans ce régime illibéral, méprisant le rôle du Parlement, muselant la presse ou la faisant racheter par des obligés du palais, que la France s’est engluée. Les critiques ont certes perduré : on se souvient de la dénonciation par Valéry Giscard d’Estaing (1926-2020) de « l’exercice solitaire du pouvoir ». Mais rien n’y a fait : le présidentialisme s’est renforcé au gré des alternances.
Et la gauche elle-même s’y est convertie. François Mitterrand d’abord, qui a usé avec délices du coup d’État permanent auparavant dénoncé ; puis, plus tard, Lionel Jospin, qui a très gravement renforcé la perversité autoritaire du système en faisant voter une réforme inversant le calendrier électoral, de sorte que l’élection présidentielle devienne définitivement le scrutin roi de la vie politique française, reléguant les législatives à un rôle de validation de l’élection élyséenne.
C’est donc de ce système institutionnel – baptisé « hyper-présidence » sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy – qu’a hérité Emmanuel Macron. Et il n’a pas fait de ces institutions dangereuses l’usage qu’en ont fait avant lui ses prédécesseurs. Au péril intrinsèque de ces institutions sont venues s’ajouter la perversité personnelle – pour reprendre le titre du livre du sociologue Marc Joly, La Pensée perverse au pouvoir (Anamosa, 2024) – d’un chef d’État atypique, son absence de principe, son caractère calculateur ou manipulateur.
Désavoué lors du référendum de 1969, le général de Gaulle en tire les conséquences et, non sans panache, préfère s’en aller. Désavoué lors des européennes du printemps dernier, Emmanuel Macron qui n’a déjà plus de majorité absolue, s’accroche au pouvoir et préfère entraîner dans le chaos tout le pays plutôt que de plier devant le suffrage universel.
Pire, lui qui a été élu en 2017 puis en 2022 grâce au vote anti-Le Pen d’une grande partie des électeurs de gauche, décide seul d’une dissolution au risque assumé de porter l’extrême droite au pouvoir. Puis il cherche aussitôt après à organiser une petite tambouille politique indigne avec Marine Le Pen et Jordan Bardella, afin de continuer à tirer les ficelles de l’Élysée et d’imposer une politique d’austérité dont le pays ne veut pas.

Désespérante compétition pour un pouvoir personnel

Dans le débat sur la crise politique présente, on entend certes ce que beaucoup d’éditorialistes de la presse mainstream ratiocinent. À les entendre, il faudrait que les parlementaires de bon sens arrivent à s’entendre, ceux du « bloc central » comme on les appelle improprement, et ceux du PS « responsable ». Il faudrait que les élus apprennent le sens du compromis, comme savent le faire les parlementaires dans tant d’autres pays...
La belle affaire ! Pour qu’un compromis soit possible, encore faudrait-il qu’il y ait un véritable parlement, maître de son ordre du jour et qui ne vive pas sous la coupe du pouvoir exécutif, par le biais d’innombrables armes institutionnelles anti-démocratiques, comme l’article 49-3 et beaucoup d’autres.
Mais qui veut une telle issue démocratique ? C’est en vérité l’autre catastrophe : si les jours de fête, quelques voix prônent une VIe République, en ces temps de crise, plus personne n’y songe. À droite comme à gauche, tous les candidats sont déjà dans les starting-blocks : Marine Le Pen aussi bien que Laurent Wauquiez ou dans l’autre camp Jean-Luc Mélenchon, qui a exclu de La France insoumise tous les opposants qui dans cette course pouvaient lui faire de l’ombre. Le PS aussi aimerait bien être de l’aventure, mais il n’a pas encore trouvé son candidat.
Désespérante compétition pour un pouvoir personnel, qui obnubile élites politiques et médiatiques au point de ne même pas se saisir de la crise de régime, pourtant sous leurs yeux, pour repenser un système institutionnel démocratique et collectif, redonnant vitalité à la souveraineté populaire et à l’expression des corps intermédiaires, désormais complètement niées.
Au plus fort de la crise du présidentialisme d’aujourd’hui, on devine déjà les candidats qui rêvent d’incarner le présidentialisme de demain. Alors que c’est d’une autre issue dont le pays a assurément besoin. Rêvons un instant de ce que pourrait être cette autre issue : une Assemblée nationale, qui à la manière du tiers état, revendique des pouvoirs constituants, et engage une refondation de fond en comble de notre démocratie. Pour sortir une bonne fois pour toutes de « l’exercice solitaire du pouvoir »... "

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CraSh
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Re: Ca y est, c'est la crise!

Message par CraSh »

C'est beau d'angélisme le dernier paragraphe... Une assemblée constituante avec 1/3 de NFP, 1/3 de centristes et 1/3 de FN.

Incapables de se mettre d'accord sur un budget et ils le seraient sur une constitution ? Avec leurs objectifs antagonistes ?

La table a été renversée mais entre les macronistes qui vont vouloir la relever, le NFP qui va vouloir changer les pieds et le FN qui veut la brûler, je pense que c'est pas gagné cette affaire.
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Tryphon
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Re: Ca y est, c'est la crise!

Message par Tryphon »

clark a écrit : 04 déc. 2024 16:20 C''est l'économie de marché qui est le moteur de la qualité de vie
Moui... J'ai comme l'impression que ce "moteur" est un miroir aux alouettes. Et que la "qualité de vie" dont on se targue et à laquelle on aspire résulte d'une vaste arnaque. Notre qualité de vie repose sur combien de milliards de dette ? Si nos rues sont garnies de grosses et belles voitures toutes neuves, nos magasins de nombreuses et belles denrées, nos ventres de riche nourriture, à quoi le devons-nous ?
L'économie de marché, mondialisée, est en train de capoter ; de tourner au conflit mondial.
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Re: Ca y est, c'est la crise!

Message par clark »

Ton postulat est biaisé à la base car tu considères qu'une économie florissante implique forcément que le consommateur/population n'est pas vertueux, raisonnable et sage. Tu fais correspondre une économie prospère avec des comportements d'une population que tu estimes "déviants".
C'est une toute autre histoire, tu ne juges pas le mécanisme mais la "qualité" de l'humain qui en profite.
En fait pour moi, la prospérité signifie simplement être dans une situation favorable sur le plan de la réussite économique et de sa santé, rien de plus :ber:
Le reste est du domaine de l'optionnel et peut être considéré comme du luxe.
Après tu juges tes compatriotes et en effet, ils ont tous des aspirations très différentes.

Pour ce qui concerne la dette, je n'ai pas en tête de pays qui ne s'appuient pas sur de la dette (les USA sont les recordmen du Monde) et celle-ci peut être utile.
On fait savoir que la "bonne dette" favorise l'investissement et la croissance à long terme, et que la "mauvaise dette" ne favorise que le laxisme & permet de vivre pendant un temps au dessus de ses moyens.

On dit aussi que la soutenabilité de la dette dépend de sa capacité à augmenter les impôts ou à réduire les dépenses publiques. Chez nous, ces deux capacités deviennent à devenir insoutenable...
Et chacun dans ses caractéristiques n'acceptent pas de faire les frais d'une économie drastique et nécessaire (comme a fait le Portugal), que ce soit le public ou le privé.
Un tatouage Popeye sur le sexe ne coûte pas très cher, et peut complètement changer l'ambiance d'une autopsie.
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Re: Ca y est, c'est la crise!

Message par CraSh »

Elle capote pour nous européens. Pour les asiatiques et les US, elle veut juste dire se recentrer sur leur marché domestique. La grosse différence, c'est que leurs économies et leur population sont bien plus capables de prendre de gros coups de freins puis de repartir car la dette sert de base à l'investissement et non au fonctionnement. En Europe et surtout en France, nous n'avons pas cette capacité car nous avons toujours compté sur l'état pour amortir les chocs.

Ça fonctionne jusqu'à une certaine mesure et l'on va voir si la limite est proche ou non. Le mot résilience a été très utilisé à mauvais escient, j'ai peur qu'on doive en apprendre et en appliquer la réelle définition.
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Re: Ca y est, c'est la crise!

Message par clark »

D'accord avec toi...
Par contre, je n'ai jamais ressenti la moindre résilience chez nos compatriotes.
On peut le vérifier avec le niveau très élevé de grèves (record du monde) dès qu'on s'attaque à des avantages (régimes spéciaux, etc) ou à une petite prise en charge personnelle de certains services publics (santé, médicaments de confort déremboursés, etc) ou d'éventuelles mutualisations administratives dans la fonction publique ou même de privatisation pour abaisser cette dette publique.

Je ne sais pas si le fait que l'Etat soit propriétaire de Areva, Eramet, FSI Equation, Orano (qui vient de perdre son contrôle sur ses mines d'uranium au Niger, sans doute en faveur des Russes ? :loul: ), ou même la Poste, la SNCF, l'EDF (pas RTE) & Engie est véritablement toujours justifié. Ils sont parfois des charges très lourdes pour notre budget et on a déjà assez de mal à bien gérer le régalien...
Et puis s'il fallait récupérer des billes, le fait d'être actionnaire de Radio France, Air France, Thales, Rungis, ou la Monnaie de Paris est-il indispensable ? :daft:

.
.
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Re: Ca y est, c'est la crise!

Message par Tryphon »

clark a écrit : 05 déc. 2024 10:57 Pour ce qui concerne la dette, je n'ai pas en tête de pays qui ne s'appuient pas sur de la dette (les USA sont les recordmen du Monde) et celle-ci peut être utile.
On fait savoir que la "bonne dette" favorise l'investissement et la croissance à long terme, et que la "mauvaise dette" ne favorise que le laxisme & permet de vivre pendant un temps au dessus de ses moyens.
Il paraît pourtant désormais assez clair que cette croissance à quoi tout le monde semble aspirer est en train de nous condamner à survivre dans un monde complètement dénaturé, non ? N'est-ce pas plutôt dans la décroissance qu'il conviendrait que le monde occidental investisse ?

"Ton postulat est biaisé à la base car tu considères qu'une économie florissante implique forcément que le consommateur/population n'est pas vertueux, raisonnable et sage." est-ce un postulat ou un constat ?
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Re: Ca y est, c'est la crise!

Message par CraSh »

Ah mais je suis d'accord avec le principe de décroissance sauf que ça veut dire également drastiquement diminuer les dépenses de l'état. Et le problème avec la décroissance, c'est qu'elle doit être mondiale. Si nous la jouons seuls dans notre coin à vouloir laver blanc clair plutôt que blanc, nous allons aller dans le mur comme les allemands avec le secteur de l'énergie.
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Re: Ca y est, c'est la crise!

Message par Tryphon »

Bien sûr ! Je comprends cela. Mais nous allons aussi dans un mur en continuant avec la course à la croissance. :bah:
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Re: Ca y est, c'est la crise!

Message par clark »

Une étude qui concerne les retraites, notre système de stricte répartition qui devient au fur et à mesure plus couteux et périmé... une étude pas idéologique mais "appliqué", entre autre par un backtest.
C'est très long et sûrement très chiant pour tout le monde, mais cela a le mérite d'être complet et de faire une comparaison entre les deux options (répartition et capitalisation), ce qu'on déjà réalisé une majorité de pays mais comme nous sommes souvent très lent à réformer et que le mot d'ordre dans le pays est de toujours tout attendre des "offrandes"de l'Etat (ce qui bien sûr nous appauvrit chaque jour, et de plus en plus avec la baisse de la natalité et une fonction publique obèse dans certains secteur/administration et organismes-tiers)...


40 ans de capitalisation : comment un fonds souverain aurait doublé nos retraites.
par Vincent Lamy.

La question des retraites agite régulièrement le débat public en France.
Les réformes se succèdent, souvent techniques, toujours conflictuelles.
Pourtant, un angle reste systématiquement évité: celui d’un changement de modèle structurel.


Cet article ne propose pas une énième réforme des paramètres existants.
Il explore une alternative complète :
💡 Et si, depuis 1985, les cotisations retraite avaient été capitalisées plutôt que redistribuées ?

Autrement dit: que se serait-il passé si chaque salarié avait vu ses cotisations placées, mois après mois, dans un fonds commun investi dans l’économie réelle — plutôt que de financer directement les pensions actuelles ?

Pour répondre à cette question, j'ai conduit une simulation rigoureuse à partir de 40 années de données économiques (1985–2025), en comparant deux approches :
- Le système par répartition actuellement en vigueur,
- Et un système par capitalisation, tel qu’il aurait pu être mis en place dès 1985 sous la forme d'un fond souverain.

L'idée est de fournir des ordres de grandeur concrets, lisibles et vérifiables, pour éclairer un débat trop souvent idéologique.
Car comprendre ce qui aurait pu être, c’est déjà mieux choisir ce qui peut encore advenir...

Le scénario simulé:
Voici les principales hypothèses pour cette simulation :
- Cotisation : basée sur le salaire médian français (source : INSEE), avec un montant prélevé chaque mois selon les taux de cotisation historiques.
- Durée : 40 ans d’épargne continue, de janvier 1985 à décembre 2024 (soit une carrière complète).
- Portefeuilles testés : deux profils d’investissement : l’un prudent (50 % actions / 50 % obligations) et l’autre dynamique (75 % actions / 25 % obligations).
- Retraite simulée : au bout des 40 ans, conversion du capital accumulé en pension via un taux de retrait annuel de 9 % du capital. Ce taux est calibré pour assurer une rente sur environ 25 ans de retraite (durée moyenne observée actuellement).
- Solidarité : une fraction des rendements est prélevée pour financer une pension minimale universelle (filet de sécurité basé sur les chiffre actuels de l'ASPA et l'ASV), garantissant un minimum à tous, comme dans le système actuel.

Partis pris :
La simulation a été volontairement calibrée de manière prudente, pour éviter de surestimer les performances d’un modèle capitalisé. L’idée est de montrer que même dans un scénario conservateur, la capitalisation aurait fait mieux que notre modèle par répartition.

Hypothèses clés :
- Indice actions (scénario conservateur) : Utilisation du CAC 40 Total Return comme proxy d’un fonds souverain français. (Pour couvrir toute la période, l’indice a été prolongé rétroactivement avant sa création officielle en 1987.)
- Indice actions (scénario optimiste) : Utilisation du S&P 500 Total Return comme proxy haut. Non pas pour idéaliser les rendements américains, mais pour estimer une fourchette haute crédible : celle qu’aurait pu atteindre un CAC 40 « sur-vitaminé » par des flux de capitalisation massifs sur des décennies.
- Taux de cotisation : utilisation des taux historiques de cotisations retraite (sources : INSEE).
- Taux de retrait à la retraite : hypothèse prudente de 9 % par an (comme mentionné plus haut), pour ne pas épuiser le capital trop vite.
- Frais : prise en compte de 0,5 % de frais de gestion annuels sur les placements.
- Obligations : utilisation de l’indice WGBI (World Government Bond Index) pour simuler la partie obligataire, faute de données longues spécifiques aux obligations d’État françaises.

À noter : certains effets potentiellement favorables n’ont pas été pris en compte, toujours par prudence.
Par exemple, la surcapitalisation des entreprises françaises grâce à l’épargne retraite (qui aurait pu entraîner une hausse du salaire médian), ou encore la réduction possible des cotisations permise par de meilleurs rendements (ce qui aurait pu stimuler la consommation, l’épargne libre ou l’emploi).
Autant de bénéfices "macro" qu’un tel système aurait pu engendrer, mais qui n’apparaissent pas dans notre modèle.

Résultat : un constat sans appel
Sans plus attendre, quels auraient été les résultats de 40 ans de retraite par capitalisation ? Les performances historiques des marchés parlent d’elles-mêmes :

Performance des marchés financiers (1985–2025)

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En clair, 1 € investi en 1985 dans un indice mondial obligataire en vaudrait ~5 € aujourd’hui.
Ce même euro investi sur le CAC 40 avec réinvestissement des dividendes en vaudrait ~32 € (malgré les hauts et bas de la bourse française sur la période).
Et s’il avait été investi sur le S&P 500 dividendes réinvestis, il vaudrait ~76 € aujourd’hui.

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*Pension mensuelle calculée avec un retrait annuel de 9 % du capital, soit une espérance de vie à la retraite d’environ 25 ans.

Image

Ces montants parlent d’eux-mêmes.
Même avec le profil le plus prudent (50/50 sur indices français), un salarié médian aurait pu espérer une pension d’environ 3 600 € par mois, soit plus du double de la retraite moyenne actuelle (~1 600 €).
Avec un profil plus dynamique, on approche les 4 700 € mensuels.
Et dans un scénario optimiste international, une allocation 75/25 actions/obligations basée sur le S&P 500 aurait généré une pension proche de 10 000 € par mois, 6 fois supérieure à ce que fournit notre système par répartition!

Ces résultats tiennent compte de la progression du salaire médian et des évolutions de taux de cotisation au fil du temps.
Ils ont en outre été obtenus avec beaucoup de prudence : pas de levier, pas d’investissement exotique, pas de stock-picking miraculeux.
Autrement dit, même sans chercher la performance absolue, la capitalisation aurait largement surclassé le rendement du système actuel.

Image

Quelle taille aurait notre fonds souverain ?

Enfin, on peut s’amuser à estimer la taille qu’aurait aujourd’hui le fonds souverain accumulé par 40 ans de capitalisation collective.
Actuellement, notre système par répartition ne constitue aucune réserve : chaque euro collecté est redistribué aussitôt, ce qui laisse le régime fragile au moindre choc démographique ou économique.
À l’inverse, dans un système capitalisé, les cotisations s’accumulent dans un pot commun qui fructifie avec le temps, créant un véritable trésor de guerre pour les retraites.

En projetant notre simulation à l’échelle de l’ensemble des travailleurs français, on obtient un fonds théorique compris entre :
- 8 228 milliards d’euros (profil prudent),
- et 17 833 milliards d’euros (profil dynamique).

Cela représente plusieurs années de PIB de la France !
Un tel stock de capital aurait pu assurer une soutenabilité structurelle du système de retraite, offrir une autonomie financière stratégique au pays, et permettre une redistribution bien plus sereine – sans dépendre du bon vouloir des générations futures.

Ce que démontre la simulation
- La capitalisation crée un stock de richesse au fil du temps, grâce aux intérêts composés et à la croissance de la valeur des actifs.
- Ce stock constitue un véritable fonds de retraite : mobilisable en cas de coup dur, transmissible aux héritiers en cas de décès, et générateur de revenus stables (les intérêts et dividendes) pour financer les pensions.
- Même avec un portefeuille prudent, les rendements à long terme dépassent de très loin la croissance qui fait vivre le système par répartition. Autrement dit, même en prenant peu de risque, on obtient bien plus que ce que la répartition peut promettre.
- On pourrait tout à fait maintenir une solidarité dans un tel système : les chiffres montrent qu’il suffirait de prélever une fraction minime des performances pour financer une pension minimale pour tous (et même mieux qu’aujourd’hui), sans compromettre l’équilibre du fonds.

Ce que le système actuel ne permet plus :
- Il ne constitue aucune réserve : chaque euro collecté est immédiatement reparti. Aucune épargne, aucun trésor de guerre n’est accumulé pour l’avenir.
- Il n’a aucun amortisseur : au moindre ralentissement économique, à la moindre baisse des naissances, ou au prochain choc démographique, le système par répartition se retrouve en tension car il fonctionne à flux tendu.
- Il ne laisse rien au cotisant : si vous cotisez toute votre vie et décédez tôt, il n’y a pas de capital à transmettre à vos proches. Pas de souplesse non plus (impossible de partir plus tôt sans perte sèche), ni de visibilité sur ce que vous toucherez réellement plus tard.
- Il repose sur une logique de flux ultra-sensible aux aléas politiques et économiques : la moindre réforme des paramètres (âge, taux, durée) devient explosive, puisque le système doit en permanence s’ajuster aux entrées d’argent pour ne pas s’écrouler.

Le fond du problème : stock vs flux
Un système capitalisé repose sur un stock d’actifs qui produit des revenus.
Un système par répartition repose sur un flux de cotisations qui doit être continuellement alimenté et en croissance pour rester stable.

✅ En clair, la capitalisation continue de fonctionner même en cas de stagnation économique ou démographique (le stock accumulé continue de rapporter).
❌ La répartition, elle, s’effondre dès que la croissance économique ralentit ou que la natalité faiblit (moins de cotisants pour financer les pensions).

Un effet secondaire vertueux : financer l’économie réelle
Au-delà des bénéfices individuels pour les retraités, passer à la capitalisation aurait un autre effet majeur : transformer chaque cotisation en levier pour l’économie réelle.

Pourquoi ?
Parce qu’un fonds souverain alimenté par nos cotisations investirait concrètement dans des entreprises, des infrastructures, des obligations d’État ou d’entreprise – il injecterait donc de l’argent directement dans le circuit économique productif.
Là où notre système actuel se contente de transférer de l’argent d’une poche à l’autre, un système capitalisé ferait fructifier l’épargne de long terme en finançant des projets et des entreprises.

Dans notre simulation, nous avons choisi délibérément des indices boursiers représentatifs pour modéliser ce fonds :
- le CAC 40 Total Return, comme proxy d’un portefeuille d’actions françaises diversifié ;
- le S&P 500 Total Return, comme projection d’un marché international mature (scénario haut) ;
- le WGBI, pour représenter un panier obligataire mondial.

Ces choix ne sont pas anodins : ils reflètent l’idée qu’un tel fonds aurait boosté l’investissement productif, soutenu les entreprises nationales et offert des capitaux stables à long terme.
En 40 ans, au lieu d’avoir zéro réserve aujourd’hui, on aurait financé massivement l’économie tout en constituant un matelas pour les retraites.
💡 Contrairement aux politiques de stimulus monétaire (du type quantitative easing, hausse de la dette publique ou taux artificiellement bas), ici il n’y a pas d’argent magique injecté : c’est de l’épargne réelle transformée en investissements pérennes.
On récolte les fruits de la croissance réelle plutôt que d’en payer le prix plus tard.

Un système de retraite capitalisé n’est pas qu’un filet social pour nos vieux jours. C’est aussi un vecteur puissant de développement économique, piloté par la réalité et non par la dette.

Les limites du modèle
Avant de s’emballer, il faut bien sûr souligner que tout n’est pas rose dans un système par capitalisation. Notre simulation pose les bases, mais certains écueils importants n’ont pas été modélisés et méritent qu’on s’y attarde:

- Le risque du « sequence of returns » : C’est un risque bien connu des gérants de portefeuille : deux retraités avec le même capital de départ peuvent avoir des destins très différents selon la conjoncture des marchés au moment de leur départ. Si, par malchance, les premières années de retraite coïncident avec un krach boursier (2001, 2008, 2020…), la valeur du portefeuille peut chuter drastiquement et rendre un taux de retrait de 9 % intenable. Ce risque de « mauvais timing » n’apparaît pas dans notre simulation moyenne, et il explique en partie la réticence du grand public vis-à-vis de la capitalisation individuelle. (Intégrer ce risque nécessiterait de simuler de multiples scénarios de marché aléatoires, ce qui pourrait être envisagé dans une version plus avancée du modèle.)
- La transition compliquée du système : Même si la capitalisation surpasse la répartition sur le papier, passer de l’un à l’autre reste un défi redoutable. Aujourd’hui, les cotisations des actifs financent directement les pensions des retraités. Impossible du jour au lendemain de demander aux actifs de cotiser deux fois (une fois pour les aînés, une fois pour eux-mêmes) sans provoquer un séisme social. C’est le vrai talon d’Achille d’une bascule vers la capitalisation : comment financer la génération « pivot » qui devrait cotiser tout en épargnant pour elle-même ? Toute réforme réaliste devrait prévoir une longue période de transition (probablement 30 à 40 ans), avec un financement transitoire (emprunt, impôts, etc.) et des arbitrages complexes pour ne sacrifier personne en route. En d’autres termes, même la meilleure simulation sur 40 ans ne dit pas comment aller du point A au point B, et c’est un point crucial à résoudre.

Et demain, que faire ?
Cette étude apporte des ordres de grandeur passionnants, mais elle reste simplifiée. De nombreuses améliorations seraient envisageables pour gagner en réalisme et répondre aux questions ouvertes :

Nous pourrions par exemple simuler aléatoirement des scénarios de marché (via des méthodes Monte Carlo) afin d’estimer la probabilité de différents résultats et le risque pour un retraité individuel. Il serait également utile de tester plusieurs profils de cotisants : par exemple un salarié au SMIC, un cadre supérieur, ou un travailleur non salarié ayant une carrière atypique – cela permettrait de voir l’effet redistributif d’un éventuel dispositif de pension minimale garantie. On pourrait affiner la gestion du portefeuille en adoptant une allocation dynamique (plus agressive en début de carrière, plus prudente à l’approche de la retraite), avec rééquilibrages annuels automatiques, et en introduisant d’autres classes d’actifs (immobilier, private equity, etc.).

De même, intégrer le risque de change serait pertinent, puisque nos simulations en scénario haut reposent sur des indices en dollars (il faudrait convertir les rendements en euros ou utiliser des indices européens équivalents). Enfin, un volet entier pourrait être consacré aux effets macroéconomiques d’un tel système : stimulation de l’investissement domestique, possible baisse des prélèvements obligatoires à long terme, hausse de l’épargne financière hors retraite, ou encore réduction de la dette publique grâce à la prise en charge partielle par le privé. Autant de pistes pour un travail ultérieur, pourquoi pas collaboratif et open-source, afin d’enrichir ce modèle de retraite capitalisée.

Face aux impasses comptables du système actuel, la capitalisation offre une alternative concrète, mesurable et juste. Il est temps de remettre les faits au cœur du débat.

À noter : le code, les données et les visualisations de cette simulation sont disponibles en open-source sur GitHub pour les curieux souhaitant vérifier ou reproduire les calculs ( Repo GitHub – Vincent 20-100.) :
https://github.com/Vincent-20-100/backtest_retraites
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Karlmat
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Re: Ca y est, c'est la crise!

Message par Karlmat »

Vive le dictariat de la prolétature !
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clark
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Re: Ca y est, c'est la crise!

Message par clark »

Déjà, une toute petite argumention complètement fausse.
."L’épargne retraite et l’assurance-vie ne changent en rien cette règle : on ne finance jamais sa propre retraite."
Ce style de contrat qui va du court terme au long terme est intéressant finalement lors de ton départ à la retraite pour le premier, au bout de 8 ans pour le second.
Tu peux à ces moments-là retirer tout ou partie du flouze que tu as mis de côté... ou bien encore continuer à le laisser fructifier (totalement ou partiellement).
Perso, j'ai dû déjà péter au moins 4 assurances-vie, de façon partielle ou totale, alors que je travaille encore et elles m'ont bien sûr rapportées des sommes qui n'ont rien à voir avec un livret A.
Elle finance déjà ma retraite et me permet déjà de la compléter :ber:
L'intérêt du PER est double: tu fais comme pour l'assurance-vie, mais en plus tu peux faire baisser drastiquement chaque année ton impôt sur le revenu.
En fin de vie professionnelle, je me fais plus de revenu quotidien avec ces différents contrats de placement divers qu'avec mon salaire de classe moyenne.
Une autre rumeur: l'argent qu'on épargne sur une assurance-vie n'est pas bloqué et peut-être retiré à tout moment. Il faut juste respecter quelques règles pour ne pas avoir d'imposition excessives sur ses plus-values.
Donc, tu finances bien ta propre retraite en temps réel... :good1:
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Droopy2
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Re: Ca y est, c'est la crise!

Message par Droopy2 »

Retraites : « Tout est factuellement faux dans l’argumentaire en faveur de la capitalisation »
TRIBUNE

Les économistes Jean-Marie Harribey, Pierre Khalfa et Christiane Marty rappellent, dans une tribune au « Monde », que la retraite par capitalisation subit les mêmes contraintes démographiques que celle par répartition, mais qu’en plus elle est soumise aux aléas financiers et n’est accessible qu’aux Français les plus riches.


Dans un contexte de crise du système productif dans la plupart des grands secteurs de l’économie mondiale et devant la menace d’un éclatement d’une crise financière à tout moment, la campagne en faveur d’un système de retraite par capitalisation a quelque chose de surréaliste, sinon d’ubuesque. Cette campagne prend une ampleur renouvelée, avec, à la manœuvre, toutes les forces conservatrices qui veulent restreindre le système de retraite par répartition, sinon en finir avec lui.

Dès l’ouverture des négociations dans le cadre du « conclave » voulu par le gouvernement de François Bayrou, le patronat français, par la voix du président du Medef, avait fait savoir qu’il s’opposerait à l’augmentation du taux de cotisations vieillesse et qu’il fallait introduire « une dose » ou « un pilier » de capitalisation pour compléter le système par répartition. Cette proposition fut théorisée par la Banque mondiale dans les années 1990 à l’aube de la mondialisation néolibérale, reprise en chœur par tous les partisans du capitalisme financier. Disons-le nettement : tout est factuellement faux dans l’argumentaire en faveur de la capitalisation.

La retraite par capitalisation resterait soumise aux mêmes contraintes démographiques que celle par répartition. Parce que ce sont toujours les actifs qui font vivre les inactifs. Au moment de la liquidation des contrats, la compagnie d’assurances ou le fonds de pension doivent trouver de nouveaux contractants pour pouvoir verser les pensions, et ceux-ci seraient les travailleurs du moment. En un mot, seul le travail ajoute de la valeur à partager. Non seulement la croyance contraire relève de la fiction, mais comme Keynes le disait, tout capital doit être « porté » et sa liquidité pour tout le monde en même temps est impossible. L’épargne retraite et l’assurance-vie ne changent en rien cette règle : on ne finance jamais sa propre retraite.

Détournement de richesse
La capitalisation est condamnée à subir les soubresauts de la finance ; des centaines de milliers d’Américains ont connu cela après la crise des subprimes de 2007. Une de ses caractéristiques est qu’il s’agit d’un système dit « par cotisations définies », c’est-à-dire dans lequel toute visibilité sur les pensions à venir est obscurcie, et non pas à prestations définies. Les partisans de la capitalisation arguent que le rendement de la capitalisation est supérieur sur le long terme à celui du système par répartition. Mais, dans ce long terme, les malheureux retraités ont le temps d’être ruinés à plusieurs reprises par la récurrence des crises financières, grandes ou petites.

Et, dans l’hypothèse où ce serait réel, cela signifierait seulement qu’un détournement de richesse aurait été organisé en faveur de ceux qui peuvent souscrire à des fonds de pension. Car, sinon, comment obtenir un taux de rendement supérieur au taux de croissance de la productivité ? La capitalisation, en fin de compte, est une machine à accroître les inégalités puisque, pour capitaliser, il faut détenir du capital, et pour en détenir, il faut disposer de revenus élevés.

De fait, pour ces hauts revenus, elle a officiellement été introduite, puisque sur la tranche de salaire supérieure à un certain plafond ils ne cotisent plus dans le système commun, mais sont renvoyés vers une épargne retraite privée favorisée par de réels avantages fiscaux… payés donc par tous les contribuables. Etendue à tous les salariés futurs retraités, la capitalisation les embarquerait dans le détournement mondial de richesse que la finance organise quotidiennement.

Question de bon sens
La Cour des comptes pointe une autre source d’injustice : son rapport « Situation financière et perspectives du système de retraites », publié en février et remis au premier ministre, ne dit pas grand-chose de la capitalisation, sauf ceci, qui n’est pas anodin : « Même s’ils sont limités, ces dispositifs [de capitalisation ou de plans d’épargne retraite] sont coûteux pour les finances publiques. En effet, les cotisations à ces régimes bénéficient de réductions de cotisations sociales et de déduction de revenu imposable, pour un coût estimé à 1,8 milliard d’euros par an. » Ce qui se préparerait, en cas d’introduction obligatoire de la capitalisation, c’est l’impossibilité pour le système par répartition d’accompagner la hausse des besoins, et ce serait une nouvelle raison pour délégitimer son existence.

Enfin, une question de bon sens se pose. Introduire un complément de capitalisation signifie que les actifs vont devoir payer une cotisation supplémentaire, sous forme de prime, aux fonds de pension. Pourquoi ne pas l’utiliser alors pour financer le régime par répartition ? La campagne politique et médiatique en faveur de la capitalisation met en exergue le déficit de 5,6 milliards d’euros du système par répartition prévu en 2025 (soit environ à peine 1,5 % du montant des retraites), mais occulte la proposition d’accroître légèrement et progressivement le taux de cotisation vieillesse. Or, il suffirait de 0,15 point de pourcentage supplémentaire par an pour permettre d’accompagner le vieillissement de la population – face auquel, répétons-le, la capitalisation ne peut rien.

Et, plutôt que de faire travailler plus longtemps ceux qui travaillent déjà et arrivent usés à l’âge de la retraite, il vaudrait mieux favoriser l’emploi de ceux, et surtout de celles, qui en sont exclus. Ainsi, tout est faux dans la propagande pour la capitalisation. Même ses partisans ne s’y trompent pas, puisqu’ils veulent tous reculer l’âge de la retraite. Par définition, la solidarité intergénérationnelle est consubstantielle à tout système de retraite. Mais, avec la capitalisation, cette qualité essentielle au vivre-ensemble ne profiterait qu’à une petite minorité de privilégiés.

Jean-Marie Harribey est membre d’Attac et des Economistes atterrés ; Pierre Khalfa est membre de la Fondation Copernic et d’Attac ; Christiane Marty est membre de la Fondation Copernic et de l’association Genre et altermondialisme.

Jean-Marie Harribey (Economiste), Pierre Khalfa (Economiste) et Christiane Marty (Economiste)
"Quand il se regardait dans une glace, il était toujours tenté de l'effacer." Jules Renard.
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