Une étude qui concerne les retraites, notre système de stricte répartition qui devient au fur et à mesure plus couteux et périmé... une étude pas idéologique mais "appliqué", entre autre par un backtest.
C'est très long et sûrement très chiant pour tout le monde, mais cela a le mérite d'être complet et de faire une comparaison entre les deux options (répartition et capitalisation), ce qu'on déjà réalisé une majorité de pays mais comme nous sommes souvent très lent à réformer et que le mot d'ordre dans le pays est de toujours tout attendre des "offrandes"de l'Etat (ce qui bien sûr nous appauvrit chaque jour, et de plus en plus avec la baisse de la natalité et une fonction publique obèse dans certains secteur/administration et organismes-tiers)...
40 ans de capitalisation : comment un fonds souverain aurait doublé nos retraites.
par Vincent Lamy.
La question des retraites agite régulièrement le débat public en France.
Les réformes se succèdent, souvent techniques, toujours conflictuelles.
Pourtant, un angle reste systématiquement évité: celui d’un changement de modèle structurel.
Cet article ne propose pas une énième réforme des paramètres existants.
Il explore une alternative complète :

Et si, depuis 1985, les cotisations retraite avaient été capitalisées plutôt que redistribuées ?
Autrement dit: que se serait-il passé si chaque salarié avait vu ses cotisations placées, mois après mois, dans un fonds commun investi dans l’économie réelle — plutôt que de financer directement les pensions actuelles ?
Pour répondre à cette question, j'ai conduit une simulation rigoureuse à partir de 40 années de données économiques (1985–2025), en comparant deux approches :
- Le système par répartition actuellement en vigueur,
- Et un système par capitalisation, tel qu’il aurait pu être mis en place dès 1985 sous la forme d'un fond souverain.
L'idée est de fournir des ordres de grandeur concrets, lisibles et vérifiables, pour éclairer un débat trop souvent idéologique.
Car comprendre ce qui aurait pu être, c’est déjà mieux choisir ce qui peut encore advenir...
Le scénario simulé:
Voici les principales hypothèses pour cette simulation :
- Cotisation : basée sur le salaire médian français (source : INSEE), avec un montant prélevé chaque mois selon les taux de cotisation historiques.
- Durée : 40 ans d’épargne continue, de janvier 1985 à décembre 2024 (soit une carrière complète).
- Portefeuilles testés : deux profils d’investissement : l’un prudent (50 % actions / 50 % obligations) et l’autre dynamique (75 % actions / 25 % obligations).
- Retraite simulée : au bout des 40 ans, conversion du capital accumulé en pension via un taux de retrait annuel de 9 % du capital. Ce taux est calibré pour assurer une rente sur environ 25 ans de retraite (durée moyenne observée actuellement).
- Solidarité : une fraction des rendements est prélevée pour financer une pension minimale universelle (filet de sécurité basé sur les chiffre actuels de l'ASPA et l'ASV), garantissant un minimum à tous, comme dans le système actuel.
Partis pris :
La simulation a été volontairement calibrée de manière prudente, pour éviter de surestimer les performances d’un modèle capitalisé. L’idée est de montrer que même dans un scénario conservateur, la capitalisation aurait fait mieux que notre modèle par répartition.
Hypothèses clés :
- Indice actions (scénario conservateur) : Utilisation du CAC 40 Total Return comme proxy d’un fonds souverain français. (Pour couvrir toute la période, l’indice a été prolongé rétroactivement avant sa création officielle en 1987.)
- Indice actions (scénario optimiste) : Utilisation du S&P 500 Total Return comme proxy haut. Non pas pour idéaliser les rendements américains, mais pour estimer une fourchette haute crédible : celle qu’aurait pu atteindre un CAC 40 « sur-vitaminé » par des flux de capitalisation massifs sur des décennies.
- Taux de cotisation : utilisation des taux historiques de cotisations retraite (sources : INSEE).
- Taux de retrait à la retraite : hypothèse prudente de 9 % par an (comme mentionné plus haut), pour ne pas épuiser le capital trop vite.
- Frais : prise en compte de 0,5 % de frais de gestion annuels sur les placements.
- Obligations : utilisation de l’indice WGBI (World Government Bond Index) pour simuler la partie obligataire, faute de données longues spécifiques aux obligations d’État françaises.
À noter : certains effets potentiellement favorables n’ont pas été pris en compte, toujours par prudence.
Par exemple, la surcapitalisation des entreprises françaises grâce à l’épargne retraite (qui aurait pu entraîner une hausse du salaire médian), ou encore la réduction possible des cotisations permise par de meilleurs rendements (ce qui aurait pu stimuler la consommation, l’épargne libre ou l’emploi).
Autant de bénéfices "macro" qu’un tel système aurait pu engendrer, mais qui n’apparaissent pas dans notre modèle.
Résultat : un constat sans appel
Sans plus attendre, quels auraient été les résultats de 40 ans de retraite par capitalisation ? Les performances historiques des marchés parlent d’elles-mêmes :
Performance des marchés financiers (1985–2025)
En clair, 1 € investi en 1985 dans un indice mondial obligataire en vaudrait ~5 € aujourd’hui.
Ce même euro investi sur le CAC 40 avec réinvestissement des dividendes en vaudrait ~32 € (malgré les hauts et bas de la bourse française sur la période).
Et s’il avait été investi sur le S&P 500 dividendes réinvestis, il vaudrait ~76 € aujourd’hui.
*Pension mensuelle calculée avec un retrait annuel de 9 % du capital, soit une espérance de vie à la retraite d’environ 25 ans.
Ces montants parlent d’eux-mêmes.
Même avec le profil le plus prudent (50/50 sur indices français), un salarié médian aurait pu espérer une pension d’environ 3 600 € par mois, soit plus du double de la retraite moyenne actuelle (~1 600 €).
Avec un profil plus dynamique, on approche les 4 700 € mensuels.
Et dans un scénario optimiste international, une allocation 75/25 actions/obligations basée sur le S&P 500 aurait généré une pension proche de 10 000 € par mois, 6 fois supérieure à ce que fournit notre système par répartition!
Ces résultats tiennent compte de la progression du salaire médian et des évolutions de taux de cotisation au fil du temps.
Ils ont en outre été obtenus avec beaucoup de prudence : pas de levier, pas d’investissement exotique, pas de stock-picking miraculeux.
Autrement dit, même sans chercher la performance absolue, la capitalisation aurait largement surclassé le rendement du système actuel.
Quelle taille aurait notre fonds souverain ?
Enfin, on peut s’amuser à estimer la taille qu’aurait aujourd’hui le fonds souverain accumulé par 40 ans de capitalisation collective.
Actuellement, notre système par répartition ne constitue aucune réserve : chaque euro collecté est redistribué aussitôt, ce qui laisse le régime fragile au moindre choc démographique ou économique.
À l’inverse, dans un système capitalisé, les cotisations s’accumulent dans un pot commun qui fructifie avec le temps, créant un véritable trésor de guerre pour les retraites.
En projetant notre simulation à l’échelle de l’ensemble des travailleurs français, on obtient un fonds théorique compris entre :
- 8 228 milliards d’euros (profil prudent),
- et 17 833 milliards d’euros (profil dynamique).
Cela représente plusieurs années de PIB de la France !
Un tel stock de capital aurait pu assurer une soutenabilité structurelle du système de retraite, offrir une autonomie financière stratégique au pays, et permettre une redistribution bien plus sereine – sans dépendre du bon vouloir des générations futures.
Ce que démontre la simulation
- La capitalisation crée un stock de richesse au fil du temps, grâce aux intérêts composés et à la croissance de la valeur des actifs.
- Ce stock constitue un véritable fonds de retraite : mobilisable en cas de coup dur, transmissible aux héritiers en cas de décès, et générateur de revenus stables (les intérêts et dividendes) pour financer les pensions.
- Même avec un portefeuille prudent, les rendements à long terme dépassent de très loin la croissance qui fait vivre le système par répartition. Autrement dit, même en prenant peu de risque, on obtient bien plus que ce que la répartition peut promettre.
- On pourrait tout à fait maintenir une solidarité dans un tel système : les chiffres montrent qu’il suffirait de prélever une fraction minime des performances pour financer une pension minimale pour tous (et même mieux qu’aujourd’hui), sans compromettre l’équilibre du fonds.
Ce que le système actuel ne permet plus :
- Il ne constitue aucune réserve : chaque euro collecté est immédiatement reparti. Aucune épargne, aucun trésor de guerre n’est accumulé pour l’avenir.
- Il n’a aucun amortisseur : au moindre ralentissement économique, à la moindre baisse des naissances, ou au prochain choc démographique, le système par répartition se retrouve en tension car il fonctionne à flux tendu.
- Il ne laisse rien au cotisant : si vous cotisez toute votre vie et décédez tôt, il n’y a pas de capital à transmettre à vos proches. Pas de souplesse non plus (impossible de partir plus tôt sans perte sèche), ni de visibilité sur ce que vous toucherez réellement plus tard.
- Il repose sur une logique de flux ultra-sensible aux aléas politiques et économiques : la moindre réforme des paramètres (âge, taux, durée) devient explosive, puisque le système doit en permanence s’ajuster aux entrées d’argent pour ne pas s’écrouler.
Le fond du problème : stock vs flux
Un système capitalisé repose sur un stock d’actifs qui produit des revenus.
Un système par répartition repose sur un flux de cotisations qui doit être continuellement alimenté et en croissance pour rester stable.

En clair, la capitalisation continue de fonctionner même en cas de stagnation économique ou démographique (le stock accumulé continue de rapporter).

La répartition, elle, s’effondre dès que la croissance économique ralentit ou que la natalité faiblit (moins de cotisants pour financer les pensions).
Un effet secondaire vertueux : financer l’économie réelle
Au-delà des bénéfices individuels pour les retraités, passer à la capitalisation aurait un autre effet majeur : transformer chaque cotisation en levier pour l’économie réelle.
Pourquoi ?
Parce qu’un fonds souverain alimenté par nos cotisations investirait concrètement dans des entreprises, des infrastructures, des obligations d’État ou d’entreprise – il injecterait donc de l’argent directement dans le circuit économique productif.
Là où notre système actuel se contente de transférer de l’argent d’une poche à l’autre, un système capitalisé ferait fructifier l’épargne de long terme en finançant des projets et des entreprises.
Dans notre simulation, nous avons choisi délibérément des indices boursiers représentatifs pour modéliser ce fonds :
- le CAC 40 Total Return, comme proxy d’un portefeuille d’actions françaises diversifié ;
- le S&P 500 Total Return, comme projection d’un marché international mature (scénario haut) ;
- le WGBI, pour représenter un panier obligataire mondial.
Ces choix ne sont pas anodins : ils reflètent l’idée qu’un tel fonds aurait boosté l’investissement productif, soutenu les entreprises nationales et offert des capitaux stables à long terme.
En 40 ans, au lieu d’avoir zéro réserve aujourd’hui, on aurait financé massivement l’économie tout en constituant un matelas pour les retraites.

Contrairement aux politiques de stimulus monétaire (du type quantitative easing, hausse de la dette publique ou taux artificiellement bas), ici il n’y a pas d’argent magique injecté : c’est de l’épargne réelle transformée en investissements pérennes.
On récolte les fruits de la croissance réelle plutôt que d’en payer le prix plus tard.
Un système de retraite capitalisé n’est pas qu’un filet social pour nos vieux jours. C’est aussi un vecteur puissant de développement économique, piloté par la réalité et non par la dette.
Les limites du modèle
Avant de s’emballer, il faut bien sûr souligner que tout n’est pas rose dans un système par capitalisation. Notre simulation pose les bases, mais certains écueils importants n’ont pas été modélisés et méritent qu’on s’y attarde:
- Le risque du « sequence of returns » : C’est un risque bien connu des gérants de portefeuille : deux retraités avec le même capital de départ peuvent avoir des destins très différents selon la conjoncture des marchés au moment de leur départ. Si, par malchance, les premières années de retraite coïncident avec un krach boursier (2001, 2008, 2020…), la valeur du portefeuille peut chuter drastiquement et rendre un taux de retrait de 9 % intenable. Ce risque de « mauvais timing » n’apparaît pas dans notre simulation moyenne, et il explique en partie la réticence du grand public vis-à-vis de la capitalisation individuelle. (Intégrer ce risque nécessiterait de simuler de multiples scénarios de marché aléatoires, ce qui pourrait être envisagé dans une version plus avancée du modèle.)
- La transition compliquée du système : Même si la capitalisation surpasse la répartition sur le papier, passer de l’un à l’autre reste un défi redoutable. Aujourd’hui, les cotisations des actifs financent directement les pensions des retraités. Impossible du jour au lendemain de demander aux actifs de cotiser deux fois (une fois pour les aînés, une fois pour eux-mêmes) sans provoquer un séisme social. C’est le vrai talon d’Achille d’une bascule vers la capitalisation : comment financer la génération « pivot » qui devrait cotiser tout en épargnant pour elle-même ? Toute réforme réaliste devrait prévoir une longue période de transition (probablement 30 à 40 ans), avec un financement transitoire (emprunt, impôts, etc.) et des arbitrages complexes pour ne sacrifier personne en route. En d’autres termes, même la meilleure simulation sur 40 ans ne dit pas comment aller du point A au point B, et c’est un point crucial à résoudre.
Et demain, que faire ?
Cette étude apporte des ordres de grandeur passionnants, mais elle reste simplifiée. De nombreuses améliorations seraient envisageables pour gagner en réalisme et répondre aux questions ouvertes :
Nous pourrions par exemple simuler aléatoirement des scénarios de marché (via des méthodes Monte Carlo) afin d’estimer la probabilité de différents résultats et le risque pour un retraité individuel. Il serait également utile de tester plusieurs profils de cotisants : par exemple un salarié au SMIC, un cadre supérieur, ou un travailleur non salarié ayant une carrière atypique – cela permettrait de voir l’effet redistributif d’un éventuel dispositif de pension minimale garantie. On pourrait affiner la gestion du portefeuille en adoptant une allocation dynamique (plus agressive en début de carrière, plus prudente à l’approche de la retraite), avec rééquilibrages annuels automatiques, et en introduisant d’autres classes d’actifs (immobilier, private equity, etc.).
De même, intégrer le risque de change serait pertinent, puisque nos simulations en scénario haut reposent sur des indices en dollars (il faudrait convertir les rendements en euros ou utiliser des indices européens équivalents). Enfin, un volet entier pourrait être consacré aux effets macroéconomiques d’un tel système : stimulation de l’investissement domestique, possible baisse des prélèvements obligatoires à long terme, hausse de l’épargne financière hors retraite, ou encore réduction de la dette publique grâce à la prise en charge partielle par le privé. Autant de pistes pour un travail ultérieur, pourquoi pas collaboratif et open-source, afin d’enrichir ce modèle de retraite capitalisée.
Face aux impasses comptables du système actuel, la capitalisation offre une alternative concrète, mesurable et juste. Il est temps de remettre les faits au cœur du débat.
À noter : le code, les données et les visualisations de cette simulation sont disponibles en open-source sur GitHub pour les curieux souhaitant vérifier ou reproduire les calculs ( Repo GitHub – Vincent 20-100.) :
https://github.com/Vincent-20-100/backtest_retraites
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