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Bars en redressement judiciaire : à Rennes, la place Sainte-Anne répond-elle encore aux attentes des consommateurs ?
Analyse. Dix enseignes de bars et de restauration situées place Sainte-Anne, dans le centre historique de Rennes (Ille-et-Vilaine), sont en procédure de redressement judiciaire devant le tribunal de commerce depuis début mars 2026. Au-delà de difficultés économiques conjoncturelles, est-ce un avertissement pour une place emblématique où la clientèle étudiante est reine ?
Redressement judiciaire : mauvais signe ? Plusieurs établissements du groupe Birati sont en procédure de redressement judicaire devant le tribunal de commerce de Rennes (Ille-et-Vilaine), depuis le 2 mars 2026. Dix enseignes sont implantées place Sainte-Anne. Quelle est la suite ? Au lancement d’une procédure de redressement judiciaire débute une période d’observation de six mois, potentiellement renouvelable, rappelle Clément Villeroy de Gahlau, président du tribunal de commerce de Rennes. Au bout de deux mois, en l’occurrence ce sera début mai, un point informel est prévu, pour constater s’il y a ou pas de nouvelles dettes, si on s’oriente plutôt vers une liquidation judiciaire ou vers un plan de continuation.
Quelle est la tendance du secteur d’activité ? En 2025, après les entreprises du secteur de la construction, ce sont les bars et établissements d’hôtellerie et restauration qui ont enregistré le plus grand nombre d’entreprises défaillantes devant le tribunal de commerce de Rennes : 121 dossiers, en hausse de 41 % par rapport à 2024. Tous secteurs confondus, le nombre de liquidations judiciaires a été en hausse (360 en 2025, 409 en 2024 et 354 en 2023) mais aussi le nombre de redressements judiciaires (232 dossiers en 2025, + 3 %).
Dans le dossier du groupe Birati, si c’est le scénario de la continuation d’activité qui se profile pour les enseignes, leur passif sera évalué, le remboursement des dettes potentiellement étalé dans le temps, etc. Si la possibilité de continuation est jugée crédible, la période d’observation peut être prolongée jusqu’à 18 mois, précise le président du tribunal de commerce. Ce qui nous mènerait à la fin de l’automne 2027. Mais le scénario peut aussi être celui de la liquidation pure et simple et de la cession à des repreneurs potentiels. Compte tenu du nombre d’établissements concernés, plusieurs cas de figures sont probables.
Et s’agissant du centre-ville ? Il faudra donc attendre le mois de mai pour entrevoir l’avenir de chacune de ces dix enseignes de la place Sainte-Anne. Les difficultés rencontrées par ces commerces rennais sont-elles la conséquence d’une activité morose et de chiffre d’affaires en berne ? Ou trouvent-elles leur genèse dans des orientations stratégiques ou des choix d’investissements infructueux ? Contactée, la direction du groupe Birati n’est pas encore revenue vers Ouest-France.
Globalement, le commerce du centre-ville de Rennes est en souffrance, qu’il s’agisse d’enseignes de restauration, de débits de boissons, de magasins de confection ou de chaussures…, observe Clément Villeroy-de-Gahlau. Un état des lieux qu’a pourtant récemment nuancé le maire-adjoint au commerce, Sébastien Sémeril. La situation commerciale de notre territoire se porte bien. Nous avons une zone de chalandise en forme. Il suffit de voir le monde à venir au centre commercial Alma ou dans le centre-ville de Rennes, le samedi après-midi, pour s’en convaincre, avait-il réagi le 7 mars, à l’annonce de la décision de la fermeture du magasin Le Printemps, au centre commercial Alma.
Nouvelles habitudes de consommation ? Les difficultés rencontrées par les dix établissements de la place Sainte-Anne doivent-elles quand même être comprises comme un avertissement ? Ces dernières années, la clientèle du centre-ville de Rennes a été chamboulée dans ses habitudes de déplacement et de stationnement, mais pas seulement. Dans un contexte de fortes tensions sur le pouvoir d’achat, ce sont les dépenses pour les loisirs et les petits plaisirs qui pâtissent en premier des arbitrages des consommateurs , souligne le dirigeant d’un autre groupe bien ancré à Rennes. Les modes de consommations ont changé aussi : moins de temps passé autour d’une table, plus de plats à emporter et à manger sur le pouce. Les grands fournisseurs de la restauration constatent aussi, par exemple, la chute de la consommation du petit café, le matin, dans les bars. La machine est désormais au bureau, le télétravail a aussi un impact.
Place Sainte-Anne, la clientèle étudiante, encore prépondérante, a-t-elle invisibilisé, voire fait fuir une clientèle plus aisée vers d’autres lieux ? Les participants aux congrès professionnels de plus en plus nombreux, par exemple, dépensent-ils leur argent dans les commerces situés à deux pas du Couvent des Jacobins ? Moi-même, je ne vais jamais place Sainte-Anne, concède le même dirigeant.À peine à quelques rues ou à une station de métro, il y a des enseignes sympas : sur le mail François-Mitterrand, place Saint-Germain, place de Bretagne ou encore rue Vasselot. Beaucoup de choses ont bougé. La place Sainte-Anne doit-elle bouger à son tour ?
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