Pascal Praud, profession propagandiste : comment CNews orchestre la montée de l’extrême droite
Par Véronique Groussard, David Le Bailly et Camille Vigogne Le Coat
Omniprésent sur CNews, Europe 1 et dans « le JDD », l’ancien journaliste sportif polarise le débat sur l’immigration et l’insécurité, jusqu’à devenir un porte‑parole de l’extrême droite. Comment en est‑il arrivé là ? Par conviction ou pour plaire à son patron Vincent Bolloré ? Notre enquête sur les agents d’influence du groupe, qui œuvrent à la victoire d’un candidat réactionnaire en 2027 et à la mise au pas de l’audiovisuel public.
Le 28 octobre, Pascal Praud interrompt son programme, priorité au direct. Un attentat ? Une manifestation qui dégénère ? Non, sur l’écran rouge et noir, le plateau s’efface, comme un soir d’élection. « En direct du Théâtre Marigny », place à Jordan Bardella, qui présente son nouveau livre. Le coup de com est organisé par les éditions Fayard, propriété, comme la chaîne CNews, du milliardaire réactionnaire Vincent Bolloré. Quinze jours plus tard, revoilà le président du Rassemblement national, invité cette fois de l’animateur vedette. Vingt-six minutes durant lesquelles l’auteur de « Ce que veulent les Français » n’est presque jamais interrompu, tandis que la couverture de son livre occupe la moitié de l’écran. Une interview promotionnelle en bonne et due forme.
Quel contraste avec la venue, l’an dernier, de Bardella à cette même « Heure des pros » pour présenter son premier ouvrage. Praud l’avait attaqué bille en tête : « Vous avez envie que le système vous aime […] [mais] ils ne vous aimeront jamais. » Plus une once de critique désormais. Dans les coulisses, les équipes du probable candidat de l’extrême droite à la prochaine présidentielle jubilent, laissant échapper un « c’est trop, stop ». Gênées mais comblées.
L’animateur de CNews a fait le job avec zèle. L’accueil VIP réservé à Bardella sert la stratégie arrêtée au sommet du groupe par Bolloré lui-même. A dix-huit mois de la présidentielle, le propriétaire de CNews, d’Europe 1, du « Journal du Dimanche » (« le JDD ») ou encore du groupe Hachette s’affaire à réaliser l’union des droites, en réalité la fusion entre la droite et l’extrême droite. Seule capable, à ses yeux, de réagir, pendant qu’il est encore temps, au péril civilisationnel que feraient courir à la France l’immigration, l’islam et la gauche…
Dans cette campagne, Pascal Praud est le porte-voix de son maître. Cet ancien journaliste sportif, devenu animateur de talk-shows quotidiens, s’est transformé en acteur politique à part entière. Son image de bateleur, repérable à ses costumes anglais, sa manie de jouer avec ses lunettes, sa capacité de passer d’un personnage goguenard à un type colérique voire odieux, est trompeuse. Avec une surface médiatique hors norme – vingt et une heures d’antenne chaque semaine (CNews et Europe 1), auxquelles s’ajoute une chronique hebdomadaire dans « le JDD » –, l’homme est omniprésent. Son émission, le soir, réunit un million de spectateurs. CNews lui doit en grande partie d’être désormais la première chaîne d’information, avec 4 % de part de marché et 9,5 millions de fidèles par jour.
Il surfe sur les émotions et désigne des ennemis
Derrière ces chiffres, un dispositif implacable. Praud sait activer tous les leviers d’une mécanique de la peur. Il joue de la polémique, de l’outrance, surfe sur les émotions, désigne des ennemis – ces temps-ci, l’audiovisuel public, accusé d’être tenu par des « gauchistes » –, exploite des faits divers rebaptisés faits de société, véhicule des fake news et agite la menace d’une prétendue submersion migratoire. Des couplets repris à l’unisson par ses chroniqueurs, présentés comme la voix du peuple. Faisant ainsi de Pascal Praud un propagandiste professionnel au service de la guerre culturelle menée par le groupe Bolloré…
L’animateur avait d’abord juré ne pas vouloir répondre aux questions du « Nouvel Obs ». Avant de se raviser. Au bout du fil, jovial, flatté de parler de lui – inépuisable sujet –, le sexagénaire décline sa carte d’identité politique : « C’est simple. Sur le plan économique, je suis un libéral : moins il y a d’Etat, plus je suis content. Et sur tous les sujets sociétaux, je suis avec les progressistes. J’étais pour le mariage pour tous, je suis pour la PMA et la GPA, à certaines conditions, notamment que la femme qui porte l’enfant soit reconnue. C’est la GPA éthique. » Progressiste, « sauf sur les mœurs françaises ».
Praud aime à raconter cette anecdote : un été, sur la plage du Pouliguen, à La Baule, avec l’une de ses quatre filles, une jeune femme moderne, tatouée, ils observent les baigneurs quand se profile à l’horizon une silhouette « entièrement couverte des pieds à la tête, pire qu’avec un burkini ». « Non, mais franchement », s’insurge le daron. « Mais papa, qu’est-ce que ça peut bien te faire ? » répond sa fille. Le voilà séché, pris d’un vertige passager. « Je ne souhaite pas vivre dans une société musulmane », finit-il par trancher.
« Des obsessions, moi ? » Praud semble tomber des nues. Son émission ne ferait que décrire « le réel », celui d’une France islamisée, à feu et à sang. Ses chroniques dans « le JDD » sont un bon résumé de ses idées fixes. Extraits choisis : « Rester libre ? Vraiment ? […] quand l’immigration est incontrôlée ? […] quand l’insécurité gagne chaque village de France ? […] quand l’Algérie refuse de reprendre ses ressortissants placés sous OQTF ? » (18 mai) ; « Une société musulmane 2.0 a vu le jour, avec mères célibataires, rodéos urbains et meurtres à l’Opinel. […] L’islam est une soumission » (1er juin) ; « La gauche 2.0 porte le voile. Le drapeau palestinien flottera demain au fronton de la mairie de Nantes, hissé par la maire socialiste Johanna Rolland » (21 septembre) ; « Quatre pour cent des électeurs de New York sont musulmans. Quatre-vingt-dix pour cent d’entre eux ont choisi Mamdani. […] Houellebecq avait vu juste. La religion fait l’élection » (9 novembre), etc.
Des affirmations martelées jour après jour dans « l’Heure des pros », émission conçue comme un copier-coller d’« On refait le match », création de son mentor, Eugène Saccomano, décédé en 2019. Pas de temps mort, il relance la balle en permanence à cinq ou six chroniqueurs, des hommes à 80 %, pour partie issus de CNews et de ses cousines, Europe 1 et « le JDD ». On lui reproche de monopoliser la parole ? « Il faut vous habituer, rétorque Serge Nedjar, directeur général de la chaîne, la vedette sur le plateau, c’est Pascal Praud. » Dans son dispositif, paradoxalement peu d’invités politiques, il dit ne pas aimer les interviewer. L’homme a forgé un langage : « les petits hommes gris », « la gauche bien-pensante », « le bon sens », « le système », « les passions tristes », « les Français ne comprennent pas que… », pour s’ériger en porte-parole d’une France populaire, pourtant observée depuis La Baule et les beaux quartiers de Paris. Représentant autoproclamé du peuple contre les élites, comme quand, à l’époque du Covid, il agitait un formulaire mal rédigé par de hauts fonctionnaires, en criant : « Il faut les pendre ! Il faut les pendre ! »
Un « durcissement » de l’émission
En (presque) dix ans, une forme de sectarisme a fini par prendre le pas sur l’ambiance « Tontons flingueurs » des débuts. Sur le plateau, les voix conservatrices ont étouffé les autres, déjà très minoritaires. « Je donne la parole à des voix qu’on n’entend jamais », répète-t-il en boucle quand on pointe le manque de pluralisme de son panel, objet régulier de nombreuses polémiques. L’avocat Alain Jakubowicz, ancien président de la Ligue internationale contre le Racisme et l’Antisémitisme (Licra), est l’un des seuls à s’insurger aujourd’hui en évoquant une vidéo de « réhabilitation » diffusée par Praud au lendemain de la mort de Jean-Marie Le Pen. Il y présentait le fondateur du Front national comme « le visionnaire [qui] annonce la société d’aujourd’hui ». Quant à Olivier Dartigolles, ex-porte-parole du Parti communiste, qui a quitté l’émission, il n’a pu que constater « un durcissement » : « Je n’avais plus l’énergie de rejouer chaque fois la même pièce. »
Le massacre du 7 octobre 2023, qui a causé la mort de 1 200 civils israéliens, a encore amplifié ce virage radical, la chaîne choisissant d’endosser sans nuances la ligne « Nous sommes tous israéliens ». Dans « l’Heure des pros », l’avocat franco-israélien Gilles-William Goldnadel, défenseur inconditionnel du gouvernement Netanyahou, incarne cette doxa. Les 70 000 civils tués par l’armée israélienne à Gaza, mentionnés du bout des lèvres, n’y changent rien. « Sur Gaza, avait-on les bonnes informations du bon côté de la frontière ? justifie en privé Gérald-Brice Viret, directeur général de Canal+France, chargé notamment de CNews. Je ne sais pas si les informations sont vraies. Dans le doute, on ne parle pas de génocide. » Quand on le questionne, Praud, mal à l’aise, louvoie. « Le Hamas a refusé toute négociation. » Puis botte en touche.
Un ancien factotum de Bernard Tapie
L’ancien chroniqueur de foot, longtemps peu estimé par ses pairs, est-il sincère ? Ou s’est-il donné au plus offrant, fasciné par la puissance, la fortune de Bolloré ? On oublie trop vite qu’à TF1 le jeune Praud, déjà cravaté, a longtemps été le factotum d’un Bernard Tapie au faîte de sa gloire. Ses amis, eux, s’étonnent de découvrir « Pascal » – qui dit parfois ne pas savoir s’il croit en Dieu – vanter, dans ses chroniques, la beauté des chapelles, l’importance de « l’Eglise de Rome » ou le romantisme des messes en latin. Comme s’il cherchait à tout prix à flatter son très catholique patron.
Au sujet de Bolloré, Praud, pourtant si disert d’ordinaire, esquive, jure qu’il « connaît peu » celui qui le paie pourtant 1 million d’euros par an (le chiffre a été largement éventé par l’intéressé). « Je ne suis pas proche de lui, jure-t-il en scrollant leurs échanges de SMS. Je ne rencontre pas Vincent Bolloré chaque matin. La dernière fois que je l’ai vu, c’était en juin. Pour faire le point, comme à la fin de chaque saison. » « Que vous dit-il ? – Il me dit : “Vous êtes libre”. Cette liberté que j’ai, c’est l’actionnaire qui me la donne. » Arnaud Lagardère, gérant d’Europe 1, nuance : « Ils sont très proches avec Vincent. Ils se parlent de temps en temps. Vincent l’aime beaucoup. »
Ce dernier sait le rôle déterminant de Praud dans le succès de son entreprise, contribuant, depuis la dissolution de 2024, à renverser le rapport de force entre CNews et sa principale concurrente, BFMTV. Tandis que la chaîne de Rodolphe Saadé spéculait jusqu’à plus soif sur le nom du futur Premier ministre, Praud and co s’en donnaient à cœur joie contre « ces élus et leur spectacle désolant ». Lecture simple d’un monde complexe, mais addictive. En un an, CNews a gagné 1,5 million de fidèles et grappille, au-delà des seniors, sur tous les publics.
Pour amplifier le discours, Praud est même devenu un produit que la chaîne cherche à répliquer. « C’est le seul, avec moi, qui amène des gens sur son nom, il est plus connu que les animateurs de TF1. Alors tout le monde veut faire du Praud », nous dit son ancien acolyte Cyril Hanouna.
Deux figures montantes de CNews, Eliot Deval et Gauthier Le Bret, trentenaires récemment promus à l’antenne, agissent comme ses clones. Le premier, venu du service des sports, a longtemps été la voix dans l’oreillette de Praud et le remplace le week-end. Le second, ancien reporter politique, notoirement proche de Bardella et de son attaché de presse, l’ex-journaliste d’Europe 1 Victor Chabert, a pris les manettes de « 100 % Politique », en soirée, après son mentor. C’est sur son plateau que Gérald Darmanin est venu détailler sa feuille de route pour le ministère de la Justice. Le jeune homme singe volontiers son aîné, qui s’en amuse à l’antenne, lui piquant ses expressions, ses obsessions, jusqu’à l’adresse de ses costumes sur mesure. Une petite famille qui se répand aussi sur internet, avec le lancement, le 25 novembre, de CNews Prime, une chaîne numérique qui, elle, ne sera pas soumise à l’Arcom, le régulateur de l’audiovisuel.
Cette « réac factory » chasse toujours en meute, avec des effets parfois effrayants. Le meurtre, le 19 novembre 2023, du jeune Thomas Perotto à la sortie d’un bal, à Crépol, dans la Drôme, reste un cas d’école. Pour le commissaire Praud et sa troupe, aucun doute : c’est un crime raciste « anti-Blanc ». Qu’importe si l’instruction n’a jusqu’à présent pas corroboré cette hypothèse. Deux ans après les faits, Praud n’en démord pas. « Même dans une soirée banale de ce type, on est en danger ! s’emporte-t-il. Les crimes au couteau, ce n’est pas dans les mœurs françaises, c’est importé ! »
En mars dernier, les journalistes Jean-Michel Décugis, Pauline Guéna et Marc Leplongeon ont mesuré ce qu’il en coûte de publier une enquête (« Une nuit en France », Grasset) qui invalide, preuves à l’appui, le récit de CNews. La réplique de la chaîne a été immédiate, les conclusions de leurs investigations conspuées dans 27 émissions entre le 17 et le 24 mars. Entraînant une vague de haine en ligne à l’origine de menaces de mort contre l’un des auteurs. C’est « l’Heure des pros » qui, en premier, avait disqualifié le livre avec virulence. Sept minutes seulement après le début de l’émission, des messages violents apparaissaient sur X, selon une enquête de Reporters sans Frontières, qui a saisi l’Arcom il y a deux mois.
Une nouvelle guerre : sauver Nicolas Sarkozy
Les politiques ne s’y sont pas trompés, conscients de l’impact et du danger d’un tel matraquage réactionnaire sur la fabrique de l’opinion. A l’Elysée, Emmanuel Macron a longtemps regardé avec intérêt cet objet télévisuel non identifié. Il y a découvert son futur conseiller mémoire, Bruno Roger-Petit, connu dans le microcosme par ses initiales BRP. Si le président n’a jamais dissuadé ses ministres de fréquenter CNews, il s’est toujours gardé d’y mettre les pieds, en dépit des invitations à répétition d’un Praud longtemps laudateur, laissant entendre qu’il a voté Macron en 2017 et en 2022, à l’affût de chaque apparition du couple présidentiel dans son restaurant préféré. Un temps, BRP a cru pouvoir influencer Praud, le ramener dans « le camp de la raison ». Entre le conseiller et l’animateur, une correspondance est née, faite de SMS – parfois lus en direct – et de déjeuners rigolards, de flatteries (« Tu es le nouveau François Mauriac, tout le monde te lit »). En vain. Après la une du « JDD » en mars 2025, sur laquelle le visage de Macron est accompagné du titre « La surenchère de la peur », ordre est donné à l’Elysée de rompre avec tous les représentants de Bolloré, accusés de rouler pour la Russie et de taper trop violemment sur le président. « Tu ne me réponds plus, ami ? » Les SMS de Praud à BRP vibrent à présent dans le vide. Les ministres, eux, continuent d’y aller…
Tant pis pour Macron. L’empire médiatique s’est récemment trouvé une autre guerre à mener : sauver Nicolas Sarkozy, « président martyr », ami de Vincent Bolloré, victime, forcément victime d’une condamnation dénoncée comme injuste, cinq ans de prison ferme pour « association de malfaiteurs ». Sidéré, indigné, Praud – qui n’a jamais caché son admiration pour l’ancien président ni leurs dîners avec le chanteur Didier Barbelivien – commente en direct, le 21 octobre, l’incarcération de l’ex-chef d’Etat à la prison de la Santé. Un activisme qui se poursuit dans les coulisses, quand, avec Geoffroy Lejeune, directeur de la rédaction du « JDD », et Véronique Waché, la communicante de Sarkozy, Praud lance une pétition pour demander sa libération, avant d’être tempéré par sa hiérarchie, qui craint d’agacer trop ouvertement les juges. Nul doute que l’opération se prolongera à partir du 10 décembre, avec la sortie du « Journal d’un prisonnier » de Sarkozy, édité par Fayard, tête de gondole de l’édition réactionnaire.
La collusion est totale : qui, parmi les spectateurs, sait que Nicolas Sarkozy a joué un rôle crucial dans l’histoire capitalistique récente de Vincent Bolloré ? Que grâce à sa proximité avec Arnaud Lagardère, il a permis au milliardaire de s’introduire dans le groupe Lagardère (Hachette Livre, Europe 1, « le JDD »…), et ainsi de déployer dans des proportions inespérées sa galaxie médiatique ? L’affaire Sarkozy aura eu le mérite de tester les limites de la liberté d’expression à « l’Heure des pros ». « Elle est entière », clament de concert les chroniqueurs et le maître des lieux. Entière mais délimitée par des lignes rouges, infranchissables. Tout ancien avocat général à la cour d’assises de Paris qu’il soit, le magistrat Philippe Bilger a essuyé la fureur de son hôte quand il a défendu la condamnation de Sarkozy, osant dire à l’antenne : « C’est la manière dont il a commis certaines choses qui est infamante. » « C’est scandaleux ce que vous dites. […] Vous n’êtes même pas capable de respecter la présomption d’innocence ! » l’a aussitôt bombardé Praud. Peu de temps après, le chroniqueur a appris qu’une de ses deux interventions hebdomadaires était supprimée. Curieuse coïncidence, a-t-il pensé. « Mais je n’ai pas de preuve », sourit-il.
Lors de notre rencontre, près de CNews, notre propagandiste n’exprime aucun regret. « Aujourd’hui, j’ai le sentiment d’être à ma place », assène Praud avec aplomb. Il y a deux ans encore, l’opportunité lui avait été donnée de bifurquer vers le groupe M6-RTL. « Si tu choisis CNews-Europe 1, l’avait prévenu un confrère, tu fais ta fin de carrière chez Bolloré. Mais, là, c’est encore rattrapable… » « Je ne peux pas faire ça à Vincent », avait-il répondu. « La liberté que j’ai dans ce groupe, je ne pourrais jamais l’avoir ailleurs », nous dit-il. En réalité, Praud jouit de sa toute-puissance, celle de se savoir regardé, écouté et craint dans les états-majors des partis. Jusqu’à participer au jeu politique, en jouant les « marieurs » entre droite et extrême droite. Lors du ralliement du président des Républicains, Eric Ciotti, au RN en 2024, il exhorte les conseillers de Bruno Retailleau à en faire autant sous peine de « tomber dans les poubelles de l’histoire ! Ciotti va tout rafler ! ».
Ce textoteur frénétique peut aussi bien féliciter des élus (le RN Jean-Philippe Tanguy, le LR François-Xavier Bellamy, et tant d’autres…) pour un bon mot, une prise de position, qu’étriller à l’antenne la stratégie de leur parti quelques jours plus tard. Il le sait et le dit avec gourmandise, beaucoup sont fidèles à son édito du matin, car « ils me prêtent une fibre populaire ». Ecouter Praud, pour un politique, c’est aussi connaître la polémique du jour, celle qui sera martelée sans répit par les autres médias du groupe, mais aussi reprise en écho par la concurrence. Et qui sait si ce matraquage ne réussira pas à faire élire un président de la République, forcément de droite, voire d’extrême droite ? Ce n’est pas un petit pouvoir. Praud le sait évidemment.
Bien sûr, il lui arrive encore de se laisser aller, confessant des rêves d’écriture et de littérature, ou mieux encore, d’émission culturelle, dans laquelle il inviterait uniquement les auteurs et comédiens qu’il adore. « T’es cramé, tu ne seras jamais présentateur d’“Apostrophes” », lui a asséné un ancien collègue. Cette fois, il n’a rien répondu.