« On peut parler de véritable effondrement » : les professeurs du supérieur face aux copies truffées de fautes
Le Parisien Etudiant
« On peut parler de véritable effondrement » : les professeurs du supérieur face aux copies truffées de fautes
Fautes de syntaxe ou d’orthographe, manque de vocabulaire, grammaire hasardeuse… Comme le ministre de l’Éducation nationale, les enseignants du supérieur s’inquiètent de la qualité de leurs étudiants à l’écrit.
« Je pense qu’on peut parler de véritable effondrement. » Alain Joyeux, enseignant en prépa ECG et par ailleurs président de l’association des professeurs des classes préparatoires économiques et commerciales, évoque le niveau de syntaxe, d’orthographe ou de grammaire des copies qu’il corrige et il ne mâche pas ses mots. Un écho aux déclarations d’Édouard Geffray, le ministre de l’Éducation nationale, dans l’interview donnée au Parisien ce jeudi, à propos de l’expression écrite au bac notamment.
« En prépa, la quasi-totalité des élèves a une mention « très bien » et « bien » et on se retrouve avec des copies de six pages qui contiennent 60 à 70 fautes ! On observe une nette dégradation depuis trois ou quatre ans », souligne celui qui enseigne depuis trente ans.
Cette observation, le rapport Regards sur l’éducation, publié par l’OCDE en septembre, la fait aussi : si la proportion de jeunes adultes diplômés du supérieur en France n’a de cesse d’augmenter (+ 5 points depuis 2019), dans le même temps, le score moyen de lecture et écriture a diminué.
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Cette observation, le rapport Regards sur l’éducation, publié par l’OCDE en septembre, la fait aussi : si la proportion de jeunes adultes diplômés du supérieur en France n’a de cesse d’augmenter (+ 5 points depuis 2019), dans le même temps, le score moyen de lecture et écriture a diminué.
« À l’évidence, l’orthographe, le niveau de maîtrise de la syntaxe, mais plus loin encore, l’expression et le vocabulaire se sont amplement dégradés », reconnaît aussi Jean Soma, directeur du département sciences humaines et communication et enseignant à l’Efrei, une école d’ingénieurs. Cet ancien prof de philo au lycée estime que parmi ses élèves, 20 % ont une maîtrise très correcte et 15 % un niveau satisfaisant. « Seulement, dit-il, on ne peut pas devenir cadre et ne pas maîtriser l’orthographe et la grammaire. »
Dictée, projet Voltaire et Bescherelle
Si tous les étudiants de L1 que voit passer Lise Clain-Chamosset-Yvrard dans son cours de macroéconomie à l’université Lyon 2 ne se destinent pas à devenir cadres, il va leur falloir quand même s’exprimer correctement. « Depuis le début de l’année, j’ai corrigé une partie des évaluations. Je rencontre toujours les mêmes difficultés : des accords de pluriel, de conjugaison ou encore des a sans accent. À tel point que j’en avais alerté la responsable pédagogique, explique-t-elle. Je ne leur demande pas du Proust, mais d’exposer leur raisonnement. » Alors, pour les faire réagir, elle les a sermonnés, leur a conseillé d’avoir un Bescherelle « et de suivre des comptes Instagram ».
Encore sonné par les fautes de ses élèves et pour la première fois de sa carrière, Alain Joyeux les a fait plancher sur une dictée. « Je venais de corriger le premier devoir surveillé. Sur le plan de l’expression, c’était une catastrophe et c’est d’autant plus rageant qu’ils avaient travaillé, mais que leur travail a été complètement gâché par des dizaines de fautes d’orthographe. »
Si le devoir a été noté mais ne comptera pas, Alain Joyeux l’assure, il s’agissait de les mettre devant leur responsabilité et de les « réhabituer à avoir cette exigence en tête et à la respecter. Sur la deuxième dissertation, tout n’était pas parfait, mais il y avait moins de copies avec des dizaines de fautes que pour la première ».
« Pas plus bêtes que ceux d’il y a quinze ans »
Certains dispositifs permettent de tenter de gommer les lacunes d’orthographe et de grammaire. Jean Soma a par exemple proposé à ses élèves de participer au Projet Voltaire, une plate-forme qui propose de l’aide dans ces domaines. « Je ne me voyais pas dégainer des cours de grammaire ! » reconnaît en riant celui qui enseigne depuis 1999.
« Les étudiants y trouvent leur compte, ils s’entraînent tous les jours à raison de dix minutes, décrit Jean Soma. Contrairement au TOEIC (un test d’évaluation écrite et orale en anglais), ça ne conditionne pas l’obtention du diplôme, mais j’ai mis en place un système de bonus-malus sur les notes du semestre en fonction de leur progression. » Et ils progressent.
« Il n’y a pas de solution miracle, mais il faut décider de nouveau qu’il s’agit d’une compétence essentielle, note Alain Joyeux. S’ils sont convaincus que c’est une compétence indispensable, ils y arriveront. Ils ne sont pas plus bêtes que ceux d’il y a quinze ans ! » Car là encore, les profs sont unanimes : les étudiants ne peuvent porter l’entière responsabilité de leur niveau. « Il ne faut pas leur en vouloir, conclut Jean Soma. Comme dirait Phèdre, le mal vient de plus loin. »
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