ENQUÊTE VIDÉO. Qui empoche les milliards de l'IPTV, ces abonnements pirates qui offrent foot et séries à prix cassé ?
Face à la multiplication des plateformes de contenus, des millions de Français ont cédé aux sirènes de l’IPTV illégale ces dernières années.
Pour seulement quelques euros par mois, ces applications offrent un accès à toutes les chaînes de sport et aux derniers films.
Un business florissant dont au final, les utilisateurs savent peu de choses, en dépit du combat permanent des plateformes légales pour y mettre fin.
Au début du mois de juin dernier, quelques jours avant la Coupe du monde de football, 250 000 personnes, en majorité des Français, perdent soudainement l’accès à leur bouquet de chaînes de sport. L’offre était imbattable : pour 7 € par mois, une IPTV appelée « Noos + » leur permettait d’accéder illégalement à toutes les chaînes sportives payantes ainsi qu’aux derniers films sortis en salle.
Organisations complexes
Ceci n’est pas une panne. Des gendarmes français, aidés de policiers belges, ont interpellé en Belgique, l’homme soupçonné d’être le cerveau de la plateforme illégale. À ses côtés, au moins trois informaticiens de haut niveau auraient loué des serveurs nécessaires à la diffusion. D’autres membres géraient l’administration quotidienne de l’IPTV.
Des milliards d'euros en jeu
Après cinq années de fonctionnement, le chiffre d’affaires du réseau avait atteint 12 millions d’euros. Illustration d’un business qui a envahi les salons français ces dernières années.
D’après une enquête menée par la plateforme DAZN en 2024, huit millions de boîtiers, diffusant de l’IPTV illégale, seraient en circulation en France. 11 % des internautes auraient été séduits d’après l’ARCOM.
L’appareil en lui-même n’est pas hors la loi. Le problème réside dans l’application que certains installent. Elle donne accès à une plateforme de contenus diffusés sans autorisation, à des prix défiant toute concurrence : souvent moins de 10 € par mois. D’après l’ARCOM, c’est ainsi 1,5 milliard d’euros qui échappent aux acteurs légaux tels que Canal +, Ligue 1 + et autre Disney +.
Où va l’argent ?
Dans cette vidéo, nous avons voulu savoir où partaient les 50 ou 60 € versés annuellement par les clients de ces abonnements illégaux. Au fil de nos entretiens, une architecture type s’est dégagée, de la capture des flux jusqu’à la revente finale, une véritable pyramide de l’IPTV.
Nous avons ainsi découvert un business très organisé à l’international, mêlant acteurs légaux et sociétés de dissimulation. Une enquête de plusieurs semaines qui nous a menés à une conclusion implacable : l’argent a de grandes chances de finir réinvesti dans la grande criminalité.
Un risque cyber décuplé
Des cybercriminels ont d'ailleurs clairement identifié les applications d’IPTV comme une nouvelle opportunité. Plusieurs alertes aux États-Unis mais aussi en France interrogent sur la sécurité des données des utilisateurs. En juillet dernier, le FBI et Google ont même constaté que des utilisateurs d’IPTV avaient pris part ces derniers mois à des cyberattaques, sans même le savoir : leurs boîtiers TV Android étaient en réalité infectés.
Les clients aussi visés par la justice ?
Désormais, le risque juridique pourrait bien planer tout autant dans les prochaines années. À Arras, dans le Pas-de-Calais, une décision sans précédent a été prise par la justice française en mars dernier : une vingtaine d’utilisateurs d’une IPTV illégale ont été verbalisés. Ils ont été condamnés à payer des amendes de 300 à 400 €.
https://www.ouest-france.fr/faits-diver ... 26c2db28dd
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