Le Télégramme
« Je n’ai qu’une envie, c’est partir » : usés par le manque de soleil à Rennes, ils pensent à quitter la région
Par Camille Tarlet
Un an sans soleil ou presque ? En 2024, Rennes a fait grise mine, avec un nombre d’heures d’ensoleillement le plus faible depuis 20 ans. Et pour les Rennais, cette éclipse solaire commence à peser sérieusement sur le moral.
« To be under the weather ». Littéralement « être sous le mauvais temps », la formule britannique indique plutôt un mauvais état de santé, ne pas avoir le moral, ne pas être dans son assiette. De la Grande-Bretagne à la petite, l’expression a fait bon voyage et prend, aujourd’hui, tout son sens dans la capitale bretonne. « Depuis octobre 2023, c’est une catastrophe absolue », témoigne Nicolas Volle, directeur commercial à Rennes. « Je suis très sensible à la météo et, franchement, ça me met vraiment de mauvaise humeur. Je n’ai qu’une envie, c’est de retourner dans le Sud », poursuit-il, las.
Constat partagé par Julia, community manager, arrivé il y a un an en terre bretonne : « Le bilan est plutôt simple, je n’ai pas connu le soleil. C’est un réel marasme physique et mental qui joue énormément sur mon énergie. Je suis épuisé ».
La grisaille atteint des sommets que même les natifs n’avaient pas imaginé. Anne, travailleuse dans l’informatique, envisage pour la première fois de quitter sa région, malgré le manque de moyens : « Je ne peux pas me permettre de longues vacances au soleil alors je me renseigne actuellement pour prendre un congé de solidarité, et partir en mission bénévolat dans un pays chaud d’Afrique juste pour cette raison. J’ai profondément besoin de soleil pour mon bien-être ».
François, lui, a décidé de revenir sur ses terres natales, 23 ans après les avoir quittées, pour s’y installer avec sa famille. Des retrouvailles finalement moins joviales que prévu.
« Je suis en télétravail tous les jours. Tous les jours, je suis en face-à-face avec une fenêtre qui me montre un ciel gris, du brouillard. On a déjà évoqué l’idée de partir »
Des solutions alternatives
Pour batailler contre la morosité et suppléer l’absence de soleil, la majorité des interrogés encourage la prise de vitamine D et de magnésium. Initiative souvent alliée à l’expérimentation de la luminothérapie qui, elle, ne connaît pas un franc succès auprès d’eux. « Ce n’est pas efficace, je n’ai noté aucun changement », commente Nicolas. « C’est comme une bière sans alcool », s’en amuse Anne.
Solution plus efficace, attendre le retour des beaux jours : « Ce n’est qu’un passage. Je préfère prendre mon mal en patience plutôt que de fondre au soleil l’été dans le Sud », explique Max, professionnel dans l’acoustique. D’autres ne prêtent même pas attention au phénomène, et chérissent plus que tout le climat Breton « Trouver une solution ? Aller à Brest, il fait encore plus moche », ironise Romain.
"Quand il se regardait dans une glace, il était toujours tenté de l'effacer." Jules Renard.